AGAPES FRANCOPHONES 2013
1 On retrouve la même idée chez Antoine Berman: « Il est impossible de séparer cette hi- stoire de celle des langues, des cultures et des littératures – voire de celle des religions et des nations. Encore ne s’agit-il pas de tout mélanger, mais demontrer comment à chaque époque, ou dans chaque espace historique donné, la pratique de la traduction s’articule à celle de la lit- térature, des langues, des divers échanges interculturels et interlinguistiques » (1984, 12–13) et chez JacquesMonfrin : «Une chose est d’établir la liste des textes traduits, une autre de savoir quand et comment telle traduction s’est répandue ; et là, c’est un problème d’histoire de la civili- sation autant qu’un problème d’histoire littéraire que nous devrons aborder » (1964, 5). 331 Repères pour l’étude de l’autotraduction en France au Moyen Âge Ileana Neli E IBEN Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie Résumé. Notre communication se propose de rendre compte de la contribution des au- teurs-traducteurs médiévaux à la formation de la langue française. Ceux-ci, voulant trans- mettre des connaissances scientifiques (Nicole Oresme), des messages religieux (Maurice de Sully, Jean Gerson) ou de propagande (Jean de Montreuil, Michel de Boteauville) à un public différencié (maîtrisant ou ignorant le latin), ont dû opter pour une double rédaction : en latin et en français. Face aux défis d’une langue encore pauvre par rapport au latin, une langue littéraire pleinement constituée, les (auto)traducteurs ont dû faire preuve de créati- vité et suppléer aux lacunes du nouvel idiome en train de se former. Abstract. By means of a diachronic approach, we aim to analyze the role played by medi- eval writers in the development of the French language. At that time, there weremany writ- ers who, wanting to convey scientific information (Nicole Oresme), religious messages (Maurice de Sully, Jean Gerson) or propaganda (Jean de Montreuil, Michel de Boteauville) to a differentiated audience (fluent in Latin or not), had to write two versions: Latin and French. Faced with the challenges of a rather poor language as opposed to mother Latin which was a fully developed literary language, they had to show creativity and fill the gaps of the emerging idiom. Mots-clés : diachronie, autotraduction, formationde la langue française, double rédaction, public différencié Keywords : diachrony, self translation, development of French language, two versions, dif- ferentiated audience Introduction Nous nous proposons d’évoquer la contribution de ceux qui, au Moyen Âge, en France, ont traduit du latin en français ou vice-versa leurs propres créations. Pour ce faire, nous essaierons de relier l’autotraductionaucontexte politique, économique et culturel de l’époque car « étudier l’histoire de la traduction, en effet, équivaut en quelque sorte à reprendre l’histoire du monde, l’histoire des civilisations, mais par le biais de la traduction » 1 (Van Hoof 1991, 7). Un compte rendu des stimuli qui ont poussé les écrivains à recourir à une autre langue d’écriture et des voies qu’ils ont empruntées pour ré-exprimer leurs idées complète cette vue d’ensemble du phéno- mène autotraductif. Un autre aspect qui retiendra notre attention concerne la diffu- sion des écrits : quand et comment un texte, créé et traduit par son auteur, s’est ré- pandu, pour qui il était (re)écrit et à qui il s’adressait.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=