AGAPES FRANCOPHONES 2013

Ileana Neli EIBEN Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 332 1. Le contexte historique et culturel Durant le Moyen Âge, la France a connu une période de vicissitudes, de révoltes du menu peuple à cause de l’écart toujours plus grand entre les riches et les pauvres, de famine et d’épidémies (la peste noire). Mais il y a eu aussi des circonstances qui ont favorisé la formation de la langue française : le concile de Tours (813), les Serments de Strasbourg (842) (rédigés en latin et mis en roman par des traducteurs ou, en tout cas, des rédacteurs bilingues), l’apparition et l’affirmation des universités (l’Uni- versité de Paris, celle de Montpellier) et implicitement des bibliothèques. Le déve- loppement de ces nouveaux établissements scolaires a eu comme résultat la forma- tion d’une élite intellectuelle qui mettra les bases de la culture humaniste et mo- derne. Pour ce qui est de la littérature en général et de la traduction en particulier, Henri van Hoof considère que « jusqu’à la fin du règne de Louis XII, l’inventaire des tra- ductions en langue française demeure ainsi trèsmodeste. La longue suite des conflits politiques a retardé le développement de la littérature et, par ricochet, de la traduc- tion » (1991, 28–29). Jacques Monfrin pense aussi qu’« il faut attendre le milieu du XIV e siècle pour que commencent à apparaître en France, de façon suivie, de véri- tables traductions » (1963, 171). Quelques pages plus loin il enchaîne : « il est en ef- fet frappant de voir combien le XV e siècle français est pauvre dans le domaine qui nous intéresse » ( Ibid . 181). Cette austérité des lettres françaises est aussi soulignée par Michel Ballard : « On traduit relativement peu en France dans la seconde partie du Moyen Âge » (1992, 81). AuxXII e et XIII e siècles, le bilinguisme des lettrés qui se servaient du latin « dans leur vie professionnelle, leurs loisirs studieux ou leurs jeux littéraires » et des langues vernaculaires « pour les besoins de l’existence quotidienne » (Vernet 1989, 226) se reflète dans des créations qui jouent sur deux et même plusieurs idiomes. Par exemple, dans le Sermon sur Jonas (vers 950) « s’entremêlent le latin et le ro- man de telle sorte qu’il est impossible de savoir si son rédacteur pensait s’exprimer finalement en latin ou en roman » ou « peut-être alternativement dans un idiome et dans l’autre, selon son auditoire » (Idem). 2. Autotraduction et prédication chrétienne : les homélies de Maurice de Sully La prédication chrétienne, après avoir sommeillé pendant plusieurs siècles, vit une période de relance grâce à la multiplication des ordres monastiques (bénédictin, franciscain, dominicain, cistercien). On voit par conséquent se dresser des légions de prédicateurs au milieu des philosophes, des théologiens et des poètes (Lecoy de la Marche 1868). Au surplus, les textes prêchés devaient être « en langue romane rustique ou en tudesque, afin que tous puissent plus facilement comprendre ce qui est dit », comme le prévoyait le concile de Tours (813). La double voie, orale et écrite, qu’ont empruntée les sermons médiévaux pour se répandre, a engendré des différences frappantes entre la version en latin et celle(s) en langues vulgaires, d’où une multitude de questions qu’ont soulevées les homélies de Maurice de Sully (1105/1120–1196). Ces textes prononcés entre 1168 et 1175 ont été réunis dans un volume transformé par son auteur en manuel à l’usage des prêtres de son diocèse (Lecoy de la Marche 1868, 44) qui, d’ailleurs, appréciaient beaucoup ses talents de

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