AGAPES FRANCOPHONES 2013
1 Nocky Djedanoum (Tchad), Boubacar Boris Diop (Sénégal), Koulsy Lamko (Tchad), Mo- nique Ilboudo (Burkina Faso), Véronique Tadjo (Côte d’Ivoire), TiernoMonénembo (Guinée) et Abdourahman Waberi (Djibouti). 2 Véronique Tadjo, L’Ombre d’Imana. Voyage jusqu’au bout du Rwanda, Actes Sud, 2000. Les références seront dorénavant indiquées par le signe OI. 41 Véronique Tadjo, L’Ombre d’Imana : voyage jusqu’au bout du Rwanda, des mots et de soi Virginie B RINKER Université de Bourgogne, France Résumé. Véronique Tadjo, romancière ivoirienne, a publié après sa résidence d’écriture auRwanda L’Ombre d’Imana. Voyage jusqu’aubout duRwanda, un récit polymorphe, con- sacré au génocide des Tutsi de 1994, dont le seul fil unificateur entre les textes de fiction semble être le rapport des personnages à la mort. Ce voyage à travers les genres, les textes, la littérature, est aussi un voyage à travers la chair des mots, un véritable « récit poétique » tel que l’a défini Jean-Yves Tadié. Mais il est surtout voyage initiatique, introspection ; l’au- toscopie permettant à la narratrice de rencontrer et même de connaître l’autre, et de restau- rer, par la-même, les liens rompus de l’humanité. Cette écriture de l’intime, au-delà d’une perspective strictement géographique à l’origine de l’œuvre, permet la traversée d’autres frontières, entre autrui et moi, visible et invisible, conscient et inconscient. Elle fait du scripteur un véritable « passeur » de mémoire. Abstract . After her writing residency in Rwanda, the Ivorian novelist, Véronique Tadjo, published The Shadowof Imana: Travels in theHeart of Rwanda, a polymorphic narrative devoted to the Tutsi genocide of 1994. The only unifying thread of her works of fiction seems to be the characters’ relation to death. This journey through genres, texts, and litera- ture is also a journey through the flesh of words, a true “narrative poetry”, as defined by Jean-Yves Tadié. Nevertheless, it is primarily an initiatory journey, an introspection; the autoscopy allowing the narrator tomeet and evenknow theOther, and to restore the broken links of humanity. Beyond a strictly geographical perspective of the origins of the work, this intimate writing allows the crossing of other borders, between the self and the other, the visible and the invisible, the conscious and the unconscious, transforming the writer into a true passer on of memory. Mots-clés : génocide, littérature, mémoire, Rwanda, transmission Keywords : genocide, literature, memory, Rwanda, transmission En 1998, des écrivains africains subsahariens francophones 1 , réunis dans le cadre de l’opération « Rwanda : écrire par devoir de mémoire », partirent au Rwanda en ré- sidence d’écriture pour rendre compte du génocide qui venait, quatre ans plus tôt, d’y être perpétré. Parmi eux se trouve Véronique Tadjo, romancière ivoirienne. Son récit, L’Ombre d’Imana. Voyage jusqu’aubout duRwanda 2 –dont on remarque dès le titre un jeu avec l’intertexte célinien – est un texte polymorphe, paru chez Actes Sud en 2000. Née du voyage, l’œuvre joue bien sûr avec le genre du journal ou du récit de voyage s’en s’y restreindre. Toutefois puisqu’elle tient tout autant du recueil de nouvelles, du texte documentaire, du recueil de témoignages et du conte. Ce vo- yage à travers les genres, les textes, la littérature, est aussi un voyage à travers la chair desmots, un véritable « récit poétique ». Mais il est surtout voyage initiatique,
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