AGAPES FRANCOPHONES 2014
L’action dans la soi-disant « Chanson de Roland » et la morale politique de Turoldus 1 Trond Kruke SALBERG Université d’Oslo, Norvège Résumé : Un nombre considérable d’éléments de la Chanson de Roland sont problématiques pour un lecteur moderne. Il est tentant de chercher une explication psychologique du comportement de Ganelon et de Roland, mais on ne peut pas vraiment lire le texte comme drame psychologique. La Chanson n’est pas centrée sur Roland (le titre est moderne). Si on suit un précepte structuraliste classique et compare le début avec la fin, on voit le point central du texte : la première laisse montre Charles en train de terminer une guerre, la dernière laisse raconte qu’il est sommé d’intervenir dans une nouvelle guerre, une tâche qu’il accepte à regret. Mais le devoir du combattant chrétien ne prend fin qu’avec la mort. Roland importe parce que le traître et les païens croient que Charles ne pourra plus accomplir son devoir sans son neveu. Mais le roi continue d’accepter le principe GESTA DEI PER FRANCOS . Abstract: Many aspects of the Song of Roland seem strange to a modern reader. It is tempting to look for a psychological explanation for the acts of Ganelon and Roland, but the text is not really a psychological drama. Roland is not the central character (the title is modern). If one follows the classical structuralist method of comparing the beginning and the end of the story, one finds, however, a possible central point: in the first laisse Charles is about to finish a war, the last laisse shows Charles being summoned to a new war, a task he accepts with regret. But the duties of a Christian warrior only end when he dies. Roland is important because the traitor and the Saracens believe that Charles will be incapable of continuing the struggle without his support. But the king continues to obey the challenge of GESTA DEI PER FRANCOS . Mots-clefs : Chanson de Roland, Chanson de Guillaume, premières chanson de geste, Gesta Dei per Francos Keywords: Song of Roland , Song of William , first chansons de geste , Christian warrior, Gesta Dei per Francos Je commence par rappeler les premières laisses de la Chanson de Roland 2 : Charlemagne et ses gens font la guerre en Espagne depuis sept ans ; la guerre est presque terminée, semble-t-il ; il ne reste qu’à négocier la capitulation des Sarrasins. Mais pour faire cette négociation, il faut envoyer une délégation chez l’ennemi. C’est une tâche qu’on considère comme très dangereuse, car les Sarrasins ont déjà, contre « la loi des nations », tué d’autres ambassadeurs de Charles. Il est en effet clair que l’ambassade est conçue presque comme une condamnation à mort. La question se pose donc : qui est-ce qu’on va envoyer chez le roi sarrasin ? Ce qu’on voit alors est assez remarquable : l’un après l’autre Naimon, le célèbre conseiller de Charles, Roland, le fils de la sœur du roi, et 1 J’ai présenté certains aspects de ce qui suit pour la première fois en norvégien dans une conférence qui a été publiée en 1999, v. la Bibliographie. 2 Ce travail concerne seulement le Roland du manuscrit d’Oxford, je laisse de côté les autres versions de l’histoire. Je suis l’édition de Whitehead (v. la Bibliographie), mais je francise la ponctuation et j’introduis quelques corrections que je mentionne dans des notes. Les traductions sont les miennes.
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