AGAPES FRANCOPHONES 2014
La réticence comme figure macrotextuelle chez Henri Thomas Dana UNGUREANU Université de l’Ouest de Timișoara, Roumanie Résumé . Synonyme partiellement de l’hésitation, de la circonspection, de la réserve du sens ou du dire à mots couverts, la réticence est une figure de style complexe. A travers le temps, elle a fait l’objet d’étude de différentes sciences comme la rhétorique, la linguistique générale, la pragmatique, l’analyse du discours mais aussi des disciplines non-linguistiques comme la juridique, la psychanalyse ou les arts. Tous ces domaines ont essayé de définir la réticence sans arriver pour autant à circonscrire clairement son domaine. Mais ce que toutes les études ont souligné est le fait qu’un discours réticent représente une mise à l’épreuve de la relation entre les instances de la communication et de leur rapport au discours. Il en résulte qu’une communication réticente se place en permanence sous le signe du doute et de la méfiance. Les récits d’Henri Thomas élargissent le champ de la réticence à un niveau macrostructural, ce qui implique une série de transformations en ce qui concerne, d’un côté, la conception de la narration et, de l’autre côté, la réception et l’interprétation du texte, comme nous allons le montrer dans l’article qui suit. Abstract . Partially synonymous with hesitation, reticence is a very complex figure of speech. In time, different fields such as rhetoric, linguistics, pragmatism but also the legal field, psychoanalysis or arts have dedicated studies to this figure of speech, trying to find a definition for it without succeeding in defining the exact category it belongs to. It’s a known fact that by using the reticence the report between the discursive instances but also the connection with the speech itself is a problematic one, always finding itself under the suspicion mark. In Henry Thomas’ works this figure of speech is used at a macro textual level, as we are trying to prove in our article, which implies a series of changes both in beginning the narration and in its understanding. Mots-clés : réticence, Henri Thomas, narration, réception problématique, interprétation Keywords : Reticence, Henri Thomas, narration, problematic reception, interpretation « C’est une chose qu’aucun de mes amis n’a eu le courage de me dire : que l’on peut ne pas entrer dans mes livres. Et que ce soit vous qui parlez de ces livres de telle façon que je m’y retrouve en pleine clarté, – cela me remplit d’amitié » (Thomas 2003, 467) - écrit Henri Thomas dans une lettre adressée le 8 août 1985, à Maxime Caron. Dans cette lettre, en reconnaissant le caractère cryptique de ses récits, Henri Thomas énonce l’un des principes qui régit tout son œuvre, poétique ou narrative. En même temps, il lance un défi aux lecteurs « Ayez le courage de partir sur les milles pistes de l’interprétation tout en sachant que vous ne m’aurez pas ! » 1 . En fait, bien que cela ne se fasse pas ressentir dès le début du texte, aucun lecteur attentif de Thomas ne peut rester insensible au quasi-hermétisme de ses récits. On ouvre un livre de Thomas et on est saisi tout de suite par la musicalité du style. Le texte semble facile à lire, les pages s’enchaînent 1 Vous ne m’aurez pa s est le titre donné par Thomas au numéro Hors-série de la « Revue Sud » qui lui a été consacré en 1991. Ce numéro a été conçu et préparé par Pierre Martin.
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