AGAPES FRANCOPHONES 2014
Monika DRÁŽĎANSKÁ Université Palacký d’Olomouc, République tchèque _____________________________________________________________ 204 subcontinent indien. Aujourd’hui sous une forte influence francophone, mais de par leur nature d’îles habitées et déjà ethniquement homogènes, il n’y a pas eu de phénomène de métissage et de créolisation, conséquence des faits coloniaux, tel quel nous l’envisageons dans ce travail. Les terres créolophones et donc celles qui nous intéressent sont alors La Réunion et la République de Maurice des Mascareignes et la République des Seychelles. Ces trois zones partagent en effet un héritage culturel et linguistique provenant de l’histoire coloniale mouvementée. Jusqu’à présent, nous ne disposons pas de preuves signalant une population autochtone, antérieure à l’arrivée des Européens, aux Mascareignes et aux Seychelles. Ainsi, nous pouvons prétendre que la responsabilité de l’installation des humains sur les îles jusqu’alors désertes 1 et leur peuplement progressif d’individus de phénotypes et cultures diverses, amenés contre leur gré des quatre coins du monde, est due aux intentions coloniales des Britanniques et des Français, allant du XVI e jusqu’au XIX e siècle, visant le développement des plantations qui nécessitait la traite des esclaves. Au total, le nombre de Créolophones dans la région ne dépasse pas 2 300 000 individus ce qui ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan de la population mondiale. Sur le plan langagier, nous avons affaire à une zone créolophone. C’est-à-dire que la langue première ou vernaculaire de la plupart des Autochtones est une variété du créole. En réalité, il s’agit de trois langues différentes, toutes descendantes 2 du créole bourbonnais 3 et selon les pays ayant des statuts différents. La République des Seychelles ne comptant pas plus de 90 000 locuteurs du créole jouit tout de même d’une position particulière dans le monde créolophone. À savoir que le créole seychellois a été promu, en 1981, langue nationale 4 . Il partage ce statut avec l’anglais et le français. À la différence de deux pays voisins, le créole seychellois est doté d’une orthographe, et sa grammaire a été codifiée et fixée. La promotion de cette langue – tout comme les autres créoles – orale à l’origine, et l’intérêt qu’on lui a porté, sont arrivés au point d’en faire une langue médium de l’enseignement. C’est un fait rare qui, aux Seychelles mêmes, ne peut tout de même être considéré comme un consensus unanime. Dans cette communication nous aimerions parvenir à exposer certains aspects de la réalité sociolinguistique propre à la République des Seychelles et, plus particulièrement, étudier le statut du texte en créole au sein de cette société. Après avoir esquissé tout d’abord le contexte géolinguistique, afin de donner au lecteur une idée sur le paysage linguistique de l’archipel, nous traiterons, à travers différents sujets, les statuts des trois langues en usage. Ensuite nous présenterons une brève esquisse des attitudes des créolophones seychellois envers notamment leur première langue, tout en examinant trois axes reflétant le jugement autour des valeurs linguistiques. Nous entendons par 1 Sans population autochtone. 2 Plusieurs théories existent, voir Chaudenson, Baker. 3 L’île Bourbon – ancienne dénomination de la Réunion. 4 Seules les Seychelles et Haïti, dans les Caraïbes, sont arrivés au stade de promouvoir leurs créoles au rang des langues nationales/officielles.
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