AGAPES FRANCOPHONES 2014
La place du texte en créole dans le contexte langagier des Seychelles _________________________________________________________________ 205 là la publication de la littérature créole, la langue médium de l’enseignement et l’échelle des valeurs de l’importance des langues en usage. Enfin, nous aborderons la pratique dans la rédaction de textes en créole. 1. Délimitation géolinguistique Le petit Etat insulaire qui se situe au milieu de l’Océan indien occidental à quatre degrés au-dessous de l’équateur compte une population de 89 919 5 habitants. Cent seize îles, dont 33 habitées, forment un archipel de 455 km² de terre et de plus d’un million de km² de mer. L’île de Mahé est avec 75 % des habitants, à la fois la plus peuplée et la plus grande. C’est là que se trouve la capitale Victoria. La deuxième île, Praslin, compte 8,3 % de la population et le reste est partagé entre La Digue, La Silhouette et les autres îles habitées. Le phénotype majoritaire est le type africain mais le métissage des Seychellois est frappant. Il s’y mélange des peuples d’Afrique (notamment de l’est), des Indiens, des Chinois et des Européens. Pourquoi s’agit-il d’un cas si intéressant du point de vue sociolinguistique ? Comme nous l’avons déjà signalé, l’histoire a fait de cet archipel une zone trilingue. Trilingue, certes, mais dans quelle mesure une si petite zone peut-elle garder un trilinguisme de façon naturelle ? En tout état de cause, l’existence d’une sorte de diglossie est incontestable. Les deux langues en question sont le créole seychellois et, paradoxalement, l’anglais. Il ne s’agit pourtant pas de cas exceptionnel, car ce cas de figure apparaît dans différentes partie du monde créolophone anciennement colonisé par les Anglais ou encore là où la régence anglaise a remplacé la française. Or, du fait de la politique linguistique qui n’a pas d’équivalent dans les États voisins ayant une situation linguistique similaire (La Réunion, Maurice), on y constate l’utilisation des trois langues qui est régie par l’État. Le problème essentiel réside dans le fait que le créole n’est pas jugé, par ses locuteurs natifs, comme égal à des langues européennes. Et cette attitude n’a pas été beaucoup rectifiée malgré les trente ans d’efforts déployés par l’État. Quelle est alors la situation linguistique des Seychellois ? Comment se positionnent-ils par rapport à leur langue maternelle ? Quelle idée ont-ils de son utilité ? Quelle est la place du texte écrit en créole, quel est son statut ? Ce sont les questions que nous nous posons et auxquelles nous cherchons à répondre grâce à l’enquête conduite sur le terrain durant l’été 2013 ainsi qu’à l’examen de documents librement disponibles. 2. Méthodologie Les données statistiques dont nous nous servons dans ce travail proviennent d’une part des différentes sources citées dans la bibliographie, d’autre part de notre propre étude. Celle-ci repose en majeure partie sur l’enquête menée sur le terrain à l’aide d’un questionnaire sociolinguistique anonyme adapté aux besoins de notre recherche. Les questions étaient à choix multiple, à savoir, le sujet devait décider à laquelle des trois langues une situation bien définie fait appel. Huit questions ouvertes complétaient le 5 Estimation faite par National Bureau of Statistics .
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