AGAPES FRANCOPHONES 2014
Estelle VARIOT Université d’Aix-Marseille, France _____________________________________________________________ 290 correspond à une codification de la pensée, plus ou moins normée et évolutive, sur un support, écrit ou oral. Rien qu’à ce stade, de multiples problématiques sont posées, puisque nous ne sommes pas toujours en mesure d’identifier les origines des écrits et les modalités de l’expression de la pensée par ce biais. Néanmoins, des vestiges, écrits en divers lieux et monuments funéraires ou autres, ont établi, par exemple, une parenté avec le sanskrit et celle du phénicien avec le grec et l’araméen et permettent désormais de combler certains vides et de contribuer au débat sur l’origine du langage humain, sur sa fragmentation et sur la préexistence de la pensée sur le langage. Le problème crucial réside, pour des linguistes et des spécialistes en neurosciences, dans la connaissance des mécanismes de la pensée et pour d’autres, dans celle de ses moyens d’expression qui, pour survivre, doivent se renouveler constamment, ce qui conforte, ces dernières années, une tendance à l’interdisciplinarité. Le recours à un texte – qu’il soit ancien et/ou d’un registre ou d’un niveau de langue plus spécialisé ou élevé – renvoie, par ailleurs, à une volonté d’exactitude et de précision, plus ou moins dépendante de l’auteur ou du copiste/traducteur. En effet, depuis ses origines, le mot texte est associé à la parole divine, transcrite en araméen, avant d’être traduite en latin et en grec et à sa transmission dans les diverses couches de la société, avant de recouvrir l’ensemble des domaines d’expression de la pensée. Ces premières traductions ont été utilisées, après le partage entre l’empire romain d’orient et d’occident, dans le but d’évangéliser les populations, avant la fragmentation du latin en langues romanes. La séparation entre les deux Empires, avec des sphères d’influence différentes, a engendré une diffusion par des canaux différents de ces textes anciens, orientaux et occidentaux, avant leur redécouverte progressive postérieurement à la chute de l’empire romain d’orient. La diffusion en langue vernaculaire a été effectuée, non seulement pour les textes à caractère religieux mais également pour les documents administratifs ou pour les chroniques, avec des spécificités phonétiques et morphologiques orales –retranscrites à l’écrit. Dans la partie orientale, et particulièrement dans l’espace roumain, l’adoption du rite gréco-orthodoxe, aux X e -XI e siècles, a engendré une modification de l’apparence extérieure de la langue, avec l’utilisation progressive de l’alphabet cyrillique, généralement en slavon bulgare (XIV e -XV e et XVI e siècles). Déjà, en Transylvanie, aux XVII e -XVIII e siècles il existe des textes en latin mais avec une orthographie hongroise. Néanmoins, c’est durant la deuxième moitié du XIX e siècle que le roumain, rédigé progressivement en double graphie, dans des revues revient officiellement à la seule graphie latine, après être passé par le cyrillique de transition, en lien avec un vaste mouvement d’émancipation vis-à-vis des tutelles étrangères et de normalisation de la langue littéraire. Ceci crée une autre difficulté pour les personnes qui se sont spécialisées dans l’étude des textes anciens roumains, le français permettant, ici aussi, la diffusion des connaissances relatives aux langues et aux cultures romanes. L’intérêt d’une perspective multiple concernant le roumain apparaît aussi, si l’on veut mettre côte à côte l’ensemble de ces connaissances, pour valoriser une langue et ses richesses, à un moment donné de son évolution diachronique et synchronique. La perspective philologique nous apparaît intéressante, pour les textes à caractère religieux et les chroniques anciennes, dans ce sens qu’elle part de
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