AGAPES FRANCOPHONES 2014

Le texte, reflet d'une langue dans ses nuances et ses évolutions _____________________________________________________________ 291 l’amour des belles lettres pour parvenir à l’explication des œuvres de la tradition et retrace l’origine du peuple roumain et de ses ascendants, par ses dignitaires, notamment. Les éditions critiques d’ouvrages anciens nous donnent un bon éclairage, à cet égard. Dans le domaine roumain, les textes anciens qui nous parviennent sont souvent parcellaires, rédigés dans différentes langues, et différenciés à certains niveaux, ce qui pose des problèmes de datations entre les originaux – slavons bulgares, grecs et roumains – et d’identification des sources qui ont été utilisées lors de la rédaction (romaines, orientales, grecques ou byzantines, slaves, etc.). L’influence d’un texte plus ancien ou contemporain sur un autre, ainsi que la multiplicité et la complémentarité des sources, dans des documents qui sont compilés par la suite, rendent plus difficile l’exploitation d’un (fragment) de texte. Les recherches philologiques plus récentes (1860-1900) (Rey, 1503) s’orientent également vers les documents qui ont survécu à différentes civilisations d’écritures, afin de montrer, d’une part, les contacts qui ont pu exister entre les différents alphabets et les peuples qui les usitaient et, d’autre part, les changements qui ont affecté les langues qui survivent à ces évolutions et se régénèrent. À ce niveau, il convient d’établir la distinction entre, premièrement, les originaux d’époque et les compilations anciennes résultant d’assemblages de différentes périodes, deuxièmement, leur copie ancienne « d’époque » en roumain ou en grec, à l’état de manuscrit également et, troisièmement, leur transcription postérieure qui s’appuiera sur une écriture normalisée, qui, de fait, réalise certains choix et qui évolue elle aussi au cours du temps. Les travaux relatifs à l’ouvrage partiellement conservé, Codicele Voroneţean constituent un exemple pertinent à cet égard. La proximité sémantique de la variante roumaine avec une traduction française récente, témoigne de la volonté des pères traducteurs de rester au plus près de l’original, afin de transmettre le message original dans ses nuances et dans différents idiomes, même si, ici et là, on note de menues variations (v. 33). Codicele Voroneţean permet de comprendre le lourd travail de copie et de transcription à partir d’un original slavon des actes des Apôtres, dans une langue roumaine ancienne, influencée, en particulier dans les textes à caractère religieux, par le slavon et le grec. L’édition critique consultée ( Codicele Voroneţean 1981) fait apparaître, dans le fragment sélectionné ( Actes des Apôtres , XXVII, 320, v. 32- 35), des annotations pour bon nombre de mots, de façon à aider un lecteur du XXI e siècle. Les spécificités de la langue roumaine ancienne sont présentes : héritage lexical et syntaxique latin, influence slave. On peut noter aussi des alternances vocaliques et/ou consonantiques courantes dans des textes anciens, en provenance de Moldavie et Transylvanie : atunc e pour atunc i « alors » ; s e pour s ă « que » ; n e mic ă pour n i mic a « rien » cătră pour către « pour ; en direction de » ; dz u o pour z iu a « jour » ; patruspr ădzea ce pour patruspr eze ce « quatorze » ; astă dz i pour astă z i « aujourd’hui » ; Dz icîndu pour z icînd « en disant » ; Dumne dz eu pour Dumne z eu « Dieu » . Néanmoins, à côté de cela, on remarque des constructions influencées par le slavon ou le grec ( rrogu voi se luaţi « je vous prie de prendre ») et, surtout, la présence du - u final transcrit, après une consonne ou un groupe consonantique cyrillique en position finale d’un mot ( sîntu pour sînt « ils sont » ; cîndu pour cînd « quand » ; prebîndindu pour prebîndind

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