AGAPES FRANCOPHONES 2014

Claudia BIANCO Université de Strasbourg, France ___________________________________________________________ 30 Avant d’observer la manière de laquelle tout ce que je viens de dire se réalise, je rappelle brièvement, le plot des deux romans. Dans Hygiène de l’assassin le célèbre romancier Prétextat Tach 20 , vieillard obèse et dégoûtant, est atteint d’un rarissime cancer des cartilages et n’a plus que deux mois à vivre. Aussitôt, des journalistes, dans le roman en nombre de quatre, s’empressent de recueillir auprès de Tach le témoignage qui tiendra lieu de scoop. Mais après les premières interviews, le lecteur s’aperçoit que Tach est un obèse, misanthrope, vulgaire et cynique même si génial, un intolérant, provocateur et misogyne, qui ne supporte en rien les questions qui lui sont posées sur sa vie privée. Tel un nouveau Minotaure, Il finit de faire de ses hôtes, visiblement mal à l’aise, un « repas boulimique, à la suite duquel ils sont tous rejetés, dès que une logomachie implacable à bien mâché ses bouchés » 21 et pousse l’audace jusqu’à diriger lui-même les débats et enfoncer ses victimes de la presse dans une mare d’écœurement. Ainsi, tous les entretiens tournent court, laissant sur leur faim les candidats au scoop, jusqu’à ce qu’une personne inconnue des précédents s’impose à son tour comme l’hôte d’infortune du romancier. Mais là, il s’agit d’une femme. Avant elle, les journalistes n’étaient que des hommes. Dès lors, l’entretien prend la forme d’un affrontement entre la journaliste et le lauréat du prix Nobel de littérature, où celle-ci va défier, dans un huis clos imprégné de mystères, (il s’agit d’un véritable antre d’ogre) la misogynie ordurière de Tach et parvenir à se faire accepter. Peu à peu, au fil des questions et des réponses, Tach se voit confronté aux démons de sa vie d’autrefois et avoue un crime qui s’est passé pendant son enfance : il a tué sa cousine Léopoldine pour qu’elle reste une éternelle et pure enfant. Il avouera son crime et … chute du roman, Nina va étrangler, à son tour, le meurtrier. Une forme de vie relate une correspondance fictive entre Amélie Nothomb, l’auteur, et Melvin Mapple, un soldat de 2 e classe de l’armée américaine posté à Bagdad en Irak. Cette relation épistolaire mène à une certaine amitié entre l’écrivaine et ce soldat devenu obèse, en tout cas une relation particulière qui ramène l’auteur à ses propres conceptions de la communication écrite et des échanges avec ses lecteurs. Elle va aider son interlocuteur à renouer avec la réalité tout en faisant référence à sa propre 20 Le choix du nom n’est jamais innocent chez Nothomb, qui a toujours eu une véritable ‘obsession onomastique’. « Amélie a une conception très cratylienne du nom : par le son, comme par le sens, il doit répondre à la nature de l’être. Mais il est souvent complexe : les personnages portent des noms à tiroirs, par les jeux phonétiques, le recours à l’étymologie, ou les résonances littéraires qu’ils impliquent. Le nom souligne, ainsi, le caractère ou l’identité des héros. Pour seul exemple Prétextat Tach peut s’entendre comme le prétexte à tache, le monstre qui rend impur tout ce qu’il touche, ou encore le prétexte attaque, par ses qualités sophistes, se servant d’argument erronés pour défendre ses idées dangereuses » (Amanieux 2005, 254). Amanieux m’autorise à faire, à mon tour, ‘un jeu’ sur le nom du protagoniste d’Une forme de vie . Vu que Melvin n’a pas en réalité combattu au front mais qu’il habite dans l’entrepôt à pneus de ses parents ayant pour seul ami un ordinateur, il écrit des méls en buvant du vin et en surfant sur son portable Apple ! 21 J’ai trouvé cette belle métaphore chez Domenico Treccozzi, Amélie (2011, 103). Elle m’a paru intéressante car dans le roman il y a toujours question de métaphores dont, selon Pretextat on ne devrait jamais abuser.

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