AGAPES FRANCOPHONES 2014
La guerre à la une. Irruptions politiques dans Hygiène de l’assassin et Une forme de vie d’Amélie Nothomb __________________________________________________________ ___ 29 dès la première bouchée, des sentiments et des émotions agréablement dérangents qui constituent le palimpseste de partitions scripturales forcément oxymoriques, car c’est sous le signe de l’oxymore, « présent depuis toujours au sein du projet nothombien » (David 2013, 120) qui se façonnent et prennent forme l’éthique et l’esthétique de notre écrivaine. 17 Comme Amanieux l’a justement souligné, On se casserait la tête à essayer de reconstituer ce mélange de légèreté et de gravité, d’ironie et de lyrisme, d’humour et de cruauté qui fait la tonalité si particulière de ses livres […] On peut la lire pour le rythme dense et la surprise de ses intrigues, mais c’est aussi un auteur qui passe par la légèreté pour aborder des thèmes très violents. Elle possède une vision originale, marquée par un jeu permanent des contradictions (In Garcia 2006, 37- 38) 18 . De la destruction de soi à la reconstruction : La guerre intérieure et ‘l’histoire’ La considération de Laureline Amanieux va me permettre d’entrer dans le vif du discours que je souhaite affronter. En effet les contradictions dont parle l’amie d’Amélie, se transforment, dans les partitions romanesques, en des véritables conflits, en des luttes physiques et psychologiques, en des combats avec soi-même et autrui, avec un ennemi intérieur et extérieur qui ne donne jamais de trêve et que seul le pouvoir des mots peut en mitiger la violence sans, toutefois, l’anéantir à jamais 19 Cette confrontation avec l’autre peut devenir dynamique et vivifiante car, comme c’est les cas de Pretextat Tach et de Melvin Mapple – les deux protagonistes des deux romans que je vais analyser –, de la destruction de leurs corps et de leur âme va naitre une reconstruction physique et spirituelle qui les rendra plus forts et plus humains : « Je pense que lorsqu’on se fait du mal à soi- même, on a le sentiment de vivre quelque chose d’intense, de supérieur, de se dépasser […]. La démolition de soi permet de grandir, de s’enrichir et de s’humaniser » (Amanieux 2001) 17 En ce sens Amélie Nothomb se confirme être étroitement liée à son identité belge, à celle d’un pays bancal, d’entre-deux et moins ‘ordonné’ que la France, un pays d’irréguliers qui font du dépaysement et du’ non-lieu’ leur force et leur spécificité. Elle- même se dit, en partie héritière du surréalisme belge à cause de « l’incursion du bizarre mythifié dans le quotidien » souvent présent dans ses romans ». « Franchement, moi, si je compare la littérature française, aujourd’hui en France et en Belgique, je trouve que nous avons plus d’originalité en Belgique, tout simplement parce que la vie littéraire en Belgique est moins organisée (Nothomb , 2003, 182. « Le fait que cette identité belge soit si problématique me permet de mieux m’identifier à mon pays » ( Savigneau 2010, 8 sur 15). 18 Amélie elle-même avoue : « J’écris en tension entre deux pôles, un pôle romantique qui est plein d’archétypes classiques (l’éternel féminin, la pure jeune fille), et l’autre pôle étant le pole grinçant, le pole ironique, qui coexiste simultanément, au pôle romantique » (2003, 188). 19 Selon Daniel Garcia (2006, 34), la chute serait le « talon d’Achille de nombre de romans de Nothomb », car elle « laisse sur sa faim ». Or, selon Pierre Cormary (2010), avec lequel je suis tout à fait d’accord, ces « fins déceptives » sont voulues car « la faim devient une recherche de sens. La frustration incite à créer son propre sens, sa propre forme ».
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