AGAPES FRANCOPHONES 2014
Claudia BIANCO Université de Strasbourg, France ___________________________________________________________ 28 contribué à construire son image de femme bizarre et extravagante, avec ses énormes chapeaux Pompilio, ses robes et ses mitaines noires qui la font ressembler à une sorcière ou à une sorte de « gothic-geisha » (Caine 2003, 71), qui associe les postures hiératiques d’une vestale à celles, plus loufoques, d’une « Mely Poppins » (Dantinne 2004, 8) 13 . Comme l’a reconnu, depuis quelques temps, Laureline Amanieux, : « Sa personnalité est le prolongement de ses textes, ou le contraire» (Garcia 2006, 38). C’est par les effets de sa tasse de thé très noir, sorte de potion magique bue tous les jours avant d’écrire 14 , que naissent de la plume acérée d’Amélie des personnages les plus souvent monstrueux, cruels, cyniques grotesques et obèses, des criminels et des assassins ; mais de ses cahiers prennent vie aussi des corps d’une beauté extrême, d’une pureté virginale, d’une perfection féérique. Le beau et le laid se confrontent et s’affrontent de manière vertigineuse, tout en s’alliant et se fondant l’un dans l’autre 15 . Il en résulte des personnalités à l’identité complexe et torturée ; un même personnage présente, de la sorte, deux penchants et deux attitudes qui se font face. Tout en reproduisant des caractères dionysiaques, les actants sont sublimes et monstrueux en même temps. Leur dualité désoriente et déstabilise le lecteur qui à grand peine arrive à faire une distinction « between god and evil, because, their actions and saying seem both fine and cruel » (Amanieux 2003, 138). La soif d’une pureté virginale est étanchée à travers les mots. L’écriture de l’agression et du débat tranchant – car les personnages s’affrontent dans de véritables fleurets verbaux, dans des corps à corps qui sont littérales et métaphoriques – devient cathartique et sauve l’auteur ainsi que ses personnages de l’inexistence et de la peur 16 . Par conséquent, le lecteur, pris dans le vertige d’un combat dialogique troublant et cinglant, éprouve, lui aussi, une fascination envoûtante et un plaisir cruel. On lui offre une sorte de ‘pomme empoisonnée’ capable de faire ressentir, statut de l’écrivain, la lecture et le rôle du lecteur ; cela à cause de nouveaux canaux de diffusion des livres, la numérisation des textes et les moyens de promotion comme facebook et twitter . Nous avons constaté que l’un des auteurs capables de prouver ce changement de paradigme est Amélie Nothomb» (2013, 2). 12 Son éditeur a constaté qu’« à une époque, le personnage médiatique a trop pris le pas sur l’auteur. Amélie en a souffert, car on s’intéressait davantage au phénomène Nothomb qu’à ses livres ». (Garcia 2006, 38) 13 Dans le Pastiche loufoque d’Alain Dantinne, qui porte comme titre Hygiène de l’intestin, la narratrice s’attarde à une description physique de la protagoniste en disant que « ses prunelles étaient largement noires d’un noir d’ile volcanique, qu’elle avait un visage laiteux et des postures de vestale ; [elle] l appelai[t] secrètement Mély Poppins » (2004, 8). 14 « Je le bois à 4 heures du matin, après quatre heures de sommeil. Je le laisse infuser à un tel degré de force qu’il est infect, mais il me fait exploser la tête. Grâce à ce vrai shoot, j’arrive à saisir au saut du lit un pur moment de virginité » (Médioni 2008). 15 « La beauté n’a aucun sens sans la laideur ; Mais c’est même plus fort que ça : pour parler de la beauté, il faut passer par la laideur […]. Si l’on veut parvenir au sommet de la beauté, il faut passer par l’extrême laideur » (Lambert 1999, 29 ) 16 À ce propos, Michel David parle « d’une pratique vitale de la lettre et du texte face au malaise intime et au désordre du monde » (2013, 28).
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=