AGAPES FRANCOPHONES 2014
Claudia BIANCO Université de Strasbourg, France ___________________________________________________________ 32 personnages et leurs corps déformés et extérieur – entre eux- mêmes et la Guerre historique. Or si dans le cas de Pretextat, ce combat se joue plutôt sur un espace plus neutre qui est celui du tête à tête violent avec les journalistes qui l’interviewent dans son antre d’ogre, et les événements concernant la guerre restent en dehors de ce même espace, – ce qui ne veut pas dire que le protagoniste ne s’y intéresse pas – Melvin, lui, lutte tous les jours et sa vie au front est un carnage continuel insupportable et inhumain auquel il n’aurait jamais souhaité participer. « J’ai participé à cette horreur, j’ai tué des soldats, j’ai tué des civils. J’ai explosé des habitations dans lesquelles il y avait des femmes et des enfants, morts par ma faute » (FV, 38-39). Toutefois, si leur champ de bataille n’est pas le même, leur physique et leur manière de penser et de juger les humains les apparentent et les rapprochent en les transformant en des rebelles qui se battent contre l’hypocrisie et la mauvaise foi ambiante. Plus vulgaire et cynique le premier, plus attachant et fin l’autre, tous les deux sont capables d’amour et d’altruisme et, pour cela, dignes de respect et d’estime nonobstant leur aspect monstrueux et répugnant. Il s’agit, comme on l’a vu, de deux obèses. Le personnage du gros est souvent présent dans les écrits de Nothomb. Si, comme le dit Amanieux, cet intérêt «viendra de sa fascination devant les combats de sumo qu’elle regardait avec son père à la télévision japonaise » (Amanieux 2005, 46), il est vrai aussi que l’auteure les considère comme des individus « très imposants, terrifiants, énigmatiques, comme des divinités inquiétantes, mais des divinités » 25 . En tant que divins, les deux personnages dont il est ici question possèdent en eux quelque chose d’énorme et de mystérieux qui constitue leur grandeur et leur courage. Il sont bien conscients d’être des émargés de la société (d’ailleurs ils vivent dans un monde à part, que ce soit une habitation sombre et silencieuse ou un entrepôt de pneus) et tous les deux perçoivent douloureusement leur statut de refusés et d’impuissants « Je me sens peu » (HA, 11), «Je me sens anéanti » (HA, 17), «J’avais la paix » (HA, 78), « Je suis torturé »(HA, 171). Ce que Prétextat dit en des phrases brèves et lapidaires, est mieux expliqué, avec grand désarroi, par le soldat Melvin qui ‘bouffe’ pour… ne pas oublier les crimes de guerre : L’armée des U.S.A. peut tout accepter, sauf d’être grotesques. “Vous avez souffert ? Ça ne se voit pas !”, ou “Qu’est-ce que vous avez fait en Irak à part manger ?” sont les réflexions que nous récoltons. Nous aurons de vrais problèmes avec l’opinion publique. Il est indispensable que l’armée américaine véhicule une image virile de force dure et courageuse. Or, l’obésité qui nous encombre de seins et de fesse énormes donne une image féminine de mollesse et de pleutrerie (FV, 37-38). Cette sacrée opinion publique, est clairement blâmée par Amélie l’écriture d’ Hygiène de l’assassin. 25 Je cite encore Amanieux qui fait référence à un entretien de Laure Cynthia, paru dans Le Figaro en mars 2002 (cf. 2005, 46.)
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