AGAPES FRANCOPHONES 2014

La guerre à la une. Irruptions politiques dans Hygiène de l’assassin et Une forme de vie d’Amélie Nothomb __________________________________________________________ ___ 39 concerne l’attitude de la romancière. Si elle « se sabote pour ne pas rencontrer Melvin» 33 , complice la forme épistolière du roman, la correspondance pouvant être interprétée « comme une barrière entre Amélie et Melvin, car celle-ci empêche de voir le corps de l’autre » (Dauphinais 2010, 2 sur 10), - son attitude va permettre à Melvin de croire à une meilleure possibilité de vie, à une forme de vie autre. Il le dit clairement à son interlocutrice : « Grâce à vous, j’avais ce que je n’avais jamais eu : une dignité » (FV, 156). Dès lors si la possibilité de s’exposer, de devenir un objet d’art pourrait bien sûr échouer, il me semble que cela n’exclue pas la volonté et le désir de Mapple de sortir de son propre malaise et d’affronter la vie différemment. On peut, donc, envisager une possibilité de conciliation du conflit ‘socio-corporel’ même si cette hypothèse ne peut s’avérer que momentanée ou éphémère et, qui plus est, dérisoire. Tout cela, comme je l’ai dit plus haut, confirmerait que le roman de 2010 revêt, pour Nothomb, le rôle de ‘fils de la maturité’. La forme narrative choisie et les idées politiques qui informent le roman, démontrent, de la part de l’écrivaine, une plus grande ouverture personnelle, relationnelle et communicative car « [étant] la lettre un genre généreux , elle permet que l’autre existe davantage » (Bousnet, 2010). J’ai pu constater que l’autre existe davantage depuis la publication de ses trois derniers ‘accouchements’ car Tuer le père , en 2011, a sûrement mitigé sa « peur fondamentale d’être abandonnée » (Chauday 2013 , 19) Barbebleue , en 2012 l’a, vraisemblablement, réconciliée « avec les mains d’hommes qui [l’]ont agressée alors qu’[elle]se baignai[t] dans la mer au Bangladesh » (Chauday 2013 19) et la Nostalgie heureuse , en 2013, l’a amenée à renouer avec son passé nippon. En effet, dans le documentaire récemment réalisé au Japon, avec la collaboration de Laureline Amanieux, elle avoue : « Je suis arrivée à quelque chose d’abouti que je voulais partager. J’ai retrouvé mon sentiment de réalité, moi que j’ai toujours pensé jamais exister » 34 . Il parait que grâce à l’écriture, au langage, Amélie Nothomb soit finalement arrivée à reconstruire son identité 35 et à retrouver (plus) de courage de la même manière que Melvin Mapple. Aurait-elle trouvé la stabilité encore - heureusement - recherchée ? Ce sera son prochain ‘enfant’ qui nous donnera la réponse. Entre temps, je pense que tout monde ne peut que se ressourcer dans la lecture de ses écrits où l’on voit la vie comme elle est et devrait l’être : « Une traversée de l’horreur ponctuée d’émerveillements ; et d’une nostalgie d’une beauté première à retrouver » (Nothomb 2003, 206). 33 Je reporte un commentaire de Matthias Kern lors de sa communication au Colloque de Paris de mai dernier Identity, Memory, Place… dont le titre est « L’embonpoint gagnant du terrain : les correspondances corporelles d’Amélie Nothomb dans Une forme de vie ». 34 Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux, documentaire, France, 2012, réalisé par Luca Chiari, 50 min. 35 « L’ensemble de son œuvre est une tentative pour reconstruire son identité » (Garcia 2006, 38).

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