AGAPES FRANCOPHONES 2014

Claudia BIANCO Université de Strasbourg, France ___________________________________________________________ 38 en soins de santé. Quand on est obèse, on souffre toujours de quelque chose. La plupart d’entre nous sont devenus cardiaques (FV, 42-44). Si Prétextat peut être considéré comme un mégalomane, égoïste, ce qui, d’ailleurs, n’est pas tout à fait vrai comme j’ai eu la possibilité de le démontrer, Melvin avec son engagement déclaré, avec sa franchise spontanée et avec sa détermination, attendrit, de manière presque surprenante, Amélie et le lecteur fascinés par un obèse qui a trouvé une place de tout respect à l’intérieur de la société. On ne peut que l’admirer : Ce petit roman remplit le corps du lecteur, le nourrit… alors que Melvin Mapple se “goinfre” pour devenir un obèse “indigné” (puisque le mot est à la mode en ce moment) : Un obèse politique. Un révolté de la guerre en Irak qui trouve dans l’obésité le seul moyen d’entrer en révolte. Amélie Nothomb (le personnage) va apporter sa compassion, son énergie, et sa passion à cet homme. Elle prendra plaisir à cette conversation Le thème de l’obésité, devenu récurrent chez Nothomb prend ici une nouvelle dimension. L’obésité devient acte militant. (Anonyme 2010) Grâce à la correspondance avec l’écrivaine, Melvin a trouvé ce que Prétextat avait cherché pendant toute sa longue vie : « Grâce à vous, mon néant s’est peuplé d’un petit bouillon de culture. J’ai mariné d’un jus de mots partagé. Il y a une jouissance qui rien n’égale : l’illusion d’avoir du sens (FV, 157). La métaphore, « colorant -au niveau linguistique- une noirceur existentielle, le monde noir et violent [de Melvin] devient « très dynamique et vital » (Kobialka 2004, 11).°Avec son ‘énormité’ physique et morale Melvin a su se battre contre ses ennemis – les Américains –, avec sa grosse masse, leur a pris toute la place, leur a ‘bouffé’ la vie et il a gagné son combat pour sauver sa/la vie 32 . Conclusion Après avoir invoqué toutes ses épreuves de civilité, d’engagement, de révolte contre les injustices, d’amour pour son prochain, il devient, à mon avis injustifié et même arbitraire de penser, comme Michel David l’a fait, que L’obésité de Melvin Mapple […] débordant d’une graisse exponentielle vaut, petit à petit comme une sorte de suicide sensoriel et relationnel, un autisme gustatif, sensoriel et humain, un onanisme permanent tenant place de rapport charnel à soi inversé et dans lequel sa correspondante - en l’occurrence la romancière – malgré sa bonne volonté, ne pourra que renoncer à le rejoindre, heureusement pour elle. (2013, 204). D’après moi le psychanalyste, n’est pas tout à fait objectif en ce qui 32 Je paraphrase ce qu’Amélie Nothomb dit à Stéphane Lambert : « Une chose que l’on retrouve dans tous mes livres, c’est un ennemi ; aussi longtemps que l’on n’a pas eu un ennemi, on ne sait pas qui on est […] Je n’ai pas trouvé d’autre moyen de fuir l’ennemi que d’écrire, c’est la seule façon de l’affronter Écrire, c’est se battre en duel, au fleuret avec l’ennemi et l’ennemi […] c’est une grosse masse d’inconnu qui vient qui prend toute la place et qui vous bouffe la vie. (1999, 28-29).

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