AGAPES FRANCOPHONES 2014

La guerre à la une. Irruptions politiques dans Hygiène de l’assassin et Une forme de vie d’Amélie Nothomb __________________________________________________________ ___ 37 (HA, 51) ne réfléchisse pas sur le fait que « les usines d’armement vendent des milliers de missiles à travers le monde » (HA, 66). La tragédie historique pendant laquelle Prétextat est ‘obligé’ de vivre, le force à être méchant et cynique pour mieux révéler les conséquences et les paradoxes de de la crise actuelle. De cette manière, pour manifester sa vérité et la Vérité il dit non seulement que ses livres « sont plus nocifs qu’une guerre puisqu’ils donnent envie de crever, alors que la guerre, elle, donne envie de vivre » (HA, 67), mais aussi que son prix Nobel est immérité, car le fait de le lui avoir attribué « équivaut à donner le prix de la paix à Saddam Hussein » (HA, 114). Par les mots acérés et les pensées paroxystiques de Prétextat, Nothomb explique que « la tragédie nous force à nous révéler. C’est le seul avantage de la guerre : l’obligation de dire la vérité » (Lambert 1999, 27). Cette obligation, cette sacrée « recherche de sens dont nous avons besoin plus que de n’importe quoi » (HA, 198), ce devoir absolu de crier clair et net la vérité, poussent Melvin Mapple à saboter l’armée américaine à ‘bouffer’ de manière obscène et, toutefois, pour lui, justifiée même s’il « souffre comme un chien » à cause de « cette fichue guerre » (FV, 7). Ce sont les combats atroces auxquels il participe qui le choquent et qui causent une indigestion de nourriture avalée de manière dégoûtante et douloureuse: J’ai connu mes premiers vrais combats, avec les tirs de roquette, les chars, les corps qui explosent à coté de vous et les hommes et que vous tuez vous- mêmes. J’ai découvert la terreur. Il y a des gens courageux qui supportent, pas moi. Il y a des gens à qui ça coupe l’appétit, mais la plupart, dont moi, réagissent à l’opposé. On revient du combat choqué, éberlué d’être vivant, épouvanté, et la première chose qu’on fait après avoir changé de pantalon (on souille le sien à tous les coups), c’est de se jeter sur la bouffe […]. C’est pas croyable ce qu’on peut avaler. On est fou. Quelque chose est cassé en nous. On ne peut pas dire qu’on aime manger comme ça, c’est plus fort que nous, on pourrait se tuer de nourriture, c’est peut-être ce qu’on cherche. (FV, 28) À travers de véritables « effets spéciaux textuels » 31 , Nothomb bouleverse les lecteurs qui, comme elle, soutiennent la cause et le combat de Melvin ; sa boulimie devient l’acte de sa révolte et son choix démesuré en fait un personnage courageux et plus qu’humain. Il le dit de manière explicite : « Ce sont les plus humains de nous qui ont sombré dans la boulimie » (FV, 38). Dès lors, comme Prétextat l’avait affirmé à son tour, « la guerre donne envie de vivre » car l’obésité, voulue et recherchée par Melvin, « constitue un formidable et spectaculaire acte de sabotage » (FV, 42). Nous coutons cher à l’armée ; Notre nourriture est bon marché, mais nous en mangeons en quantités si effarantes que l’addition doit être salée. […] Nous coutons cher en vêtements aussi : chaque mois, nous devons changer d’uniforme, parce que nous ne rentrons plus dedans. […] Nous coutons cher 31 Je cite un commentaire selon moi tout à fait approprié, de Marie Claire Barnet, que j’ai rencontrée au Colloque Identity, Memory, Place : Amélie Nothomb – Past, Present and Future , qui a eu lieu à Paris à l’Université du Kent, le 15 et 16 mai 2014. Elle y a présenté la communication « Du vide ou de l’enfance ‘extensible’ : Le pays d’Amélie Not Home ».

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