AGAPES FRANCOPHONES 2014

Claudia BIANCO Université de Strasbourg, France ___________________________________________________________ 36 Bush. Toutefois elle semblerait très sensible aux problèmes sociaux et à la politique dès le début de sa carrière car, avec un étonnement faussement naïf à mon avis, toujours en 2003, elle commente : « J’ai découvert aussi que les gens me traitent de provocatrice ; mais je ne suis pas provocatrice ; les gens sont tout le temps provoqués ; j’y vais vraiment sur la pointe des pieds » (2003, 204). Or il n’en est rien car si, en 2010, elle parle encore d’un engagement moins visible par rapport aux écrivains qui signent des pétitions ou manifestent ouvertement contre la politique internationale, elle souligne aussi que dans tous ses livres « c’è una dimensione politica » (Ginori, 2011) et, tout de suite après, elle cite son ‘premier né’ où l’on parle de la Guerre du golfe. Quelques mois auparavant, dans un autre entretien publié dans un journal italien, elle avait avoué : « Una guerra, dovunque sia, ci riguarda tutti. Il conflitto irakeno è stato una tragedia e non è ancora finita ; accade quando la politica fallisce» (Quattrini 2010). Cette déclaration, dissipe tout doute sur les idées politiques de Nothomb. Dans Hygiène de l’assassin , ainsi que dans Une forme de vie , elle s’oppose aux tyrans tels que Saddam Hussein et, dans un autre sens, George Bush qui a voulu le conflit en Irak : « La guerre est l’un des problèmes les plus cruciaux d’aujourd’hui ; la politique de Bush conditionne encore » (Bousnet 2010). Melvin, d’ailleurs le dit ouvertement : « Nous [les soldats] sommes obèses à cause de George W. Bush. […] Je préfère ne plus avoir affaire à ces gens ; ce sont des criminels : au nom d’un mensonge ils ont envoyé à la mort des milliers d’innocents et gâché la vie de ceux qui survivront » (FV, 45-46). Par contre la sympathie pour Obama qui va être élu, et qui « n’avait cessé de prendre position contre cette guerre » (FV, 10), n’est pas cachée. Le 21 septembre 2009, Melvin écrit : « Aujourd’hui, Barak Obama devient le président des Etats-Unis. C’est un grand jour » (FV, 16). Melvin, ainsi que sa correspondante ont, en outre, un grand sens civique. Le premier ne sors de l’entrepôt où il est renfermé devant son ordinateur que pour aller voter pour Obama, -bien-sûr ! - (cf. FV, 162) et l’écrivaine quitte Paris pour aller voter à Bruxelles pour les élections européennes et les régionales. « Je ne rate une élection pour rien au monde […] je crèverais plutôt que ne pas accomplir mon devoir électoral (FV, 120-121). Ce sens civique accentue la désapprobation à l’égard d’une politique qui est visiblement belliciste. Dans Hygiène de l’assassin , un journaliste qui interviewe Tach fait directement allusion à la « période tourmentée » où il faut « guetter les moindres informations du Moyen Orient »(HA, 40). La narratrice elle-même, ne peut s’empêcher de dire que « tout le monde tremblait à l’idée de la guerre imminente » et à la veille de l’ultimatum de Saddam, sa pensée est pour « tous ceux qui vont mourir » (HA, 48). Prétextat, qui blâme la langue de bois qui lui est contemporaine, ne manifeste aucune indulgence à l’égard de ceux qui l’emploient: « Je n’ai jamais autant détesté une époque que celle-ci. L’ère de la mauvaise foi en plein. La mauvaise foi, c’est bien pis que la déloyauté, la duplicité, la perfidie » (HA, 74). Nonobstant ses manières soient désagréables et déplorables, il ne peut même pas concevoir qu’on lui demande « s’il est pour cette guerre ». Voilà, en effet, sa réponse : « Aimer la guerre ! Énorme ! Comment peut-on aimer la guerre ? Quelle question ridicule et inutile ! Vous en connaissez, vous, des gens qui aiment la guerre ? (HA, 51). Il trouve scandaleux qu’« une bande de rigolos

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=