AGAPES FRANCOPHONES 2014

Fatma BOUATTOUR Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand, France _____________________________________________________________ 52 rapport avec ce qu’il a vécu ou ce dont il a entendu parler à l’époque. Cet engagement ne se manifeste pas seulement à travers le choix des thèmes. Il touche la forme. Il est vrai que Au Rendez-vous allemand diffère de L’Amour la poésie ou La Vie immédiate parce que le chant de l’amour cède sa place au chant de la résistance. Mais ce changement est accompagné d’une métamorphose dans les choix stylistiques. Henri-Jacques Dupuy en parle : […]. Se doutait-on que l’auteur de L’amour la poésie se pencherait un jour sur ces « hommes réels » ? Eluard savait d’une manière inimitable chanter la pureté d’un jardin, l’extase matinale, la beauté de la femme. Il partait à la chasse de mots nouveaux et comme un oiseleur magique, sans user les pièges astucieux de la syntaxe, il les capturait dans des vers limpides et mélodieux. […] Mais voici qu’Eluard, à partir de 1936, sans rien perdre de sa grâce introduit dans son langage des mots très anciens dont il fait un usage si mystérieux qu’on leur trouve un éclat inconnu : le mot homme, le mot sang, le mot vie. Les titres mêmes de ces ouvrages sont une profession de foi de simplicité, d’adhérence à la réalité : Cours naturel , Chanson complète , Le livre ouvert , sans parler de Poésie et vérité 1942 , qui avait la force explosive d’un tract. Dès lors cette œuvre, miroir fidèle de l’homme tout entier, devait refléter les angoisses de l’heure, la révolte des peuples devant l’asservissement. Tout naturellement elle est devenue poésie de la vengeance. (Préface à Œuvres Complètes , 1642) Le changement n’a pas été brusque. Le penchant d’Eluard vers une poésie « simple » et proche de la vie a commencé à s’affirmer depuis 1936. Henri-Jacques Dupuy note la transformation au niveau lexical et au niveau des titres. Ses remarques on été confirmées après l’étude de « Au Rendez-vous allemand ». Mais le changement est plus profond. Eluard opte de plus en plus pour l’isométrie. Les figures de style qui confèrent aux poèmes de la musicalité sont fortement présentes au point que Pierre Chabaud affirme que « [l]a poésie politique d’Eluard a atteint une perfection toute classique […] » (Préface à Œuvres Complètes , 1643). Or, l’objectif du poète n’est pas de rejoindre la voie des classiques. Il s’engage dans la résistance et choisit la poésie comme arme. Pour ce faire, il l’adapte aux circonstances et aux objectifs à atteindre. Il veut toucher ses lecteurs. Il a besoin d’exploiter la fonction mnémotechnique de la poésie. La régularité rythmique participe de cette volonté. D’ailleurs, plusieurs de ses poèmes de résistance ont été mis en musique. La prédilection pour un lexique simple rend sa poésie populaire. Il échappe ainsi à l’élitisme et réussit à toucher les masses. Henri-Jacques Dupuy évoque la capacité d’adaptation qui caractérise la poésie d’Eluard : La poésie de Paul Eluard est à l’avancée des grands mouvements que déroule l’aventure humaine. Elle les pressent et en dénonce l’évolution en prenant pour point de départ la nécessité historique de l’événement, qu’il soit d’ordre intellectuel, social ou politique […] Au rendez-vous allemand est le confluent de ces trois tendances […] le fait divers revêt la force du mythe […] les exploits […] se délivrent de leur apparence accidentelle et sont l’objet d’une transfiguration. Cette transfiguration ressortit à la tonalité qu’Eluard

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