AGAPES FRANCOPHONES 2014

Les répercussions de La Seconde Guerre mondiale sur la poésie de Paul Eluard _____________________________________________________________ 51 Un homme est mort qui n’avait d’autre route Que celle où l’on hait les fusils Un homme est mort qui continue la lutte Contre la mort contre l’oubli Car tout ce qu’il voulait Nous le voulions aussi Nous le voulons aujourd’hui Que le bonheur soit la lumière Au fond des yeux au fond du cœur Et la justice sur la terre Il y a des mots qui font vivre Et ce sont des mots innocents Le mot chaleur le mot confiance Amour justice et le mot liberté Le mot enfant et le mot gentillesse Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits Le mot courage et le mot découvrir Et le mot frère et le mot camarade Et certains noms de pays de villages Et certains noms de femmes et d’amis Ajoutons-y Péri Péri est mort pour ce qui nous fait vivre Tutoyons-le sa poitrine est trouée Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux Tutoyons-nous son espoir est vivant. (ARA, 39) L’omniprésence du contexte dans le poème est perçue dès le titre. Gabriel Péri dont nous avons déjà parlé dans la première partie renvoie directement aux incidents de La Seconde Guerre mondiale. Ce poème est formellement différent des autres poèmes ci-dessus cités. Il n’est pas isométrique. Il n’obéit pas à une structure régulière. Mais il est régi par des structures rythmiques récurrentes. La première séquence est structurée par la répétition de « un homme est mort qui ». Elle confère au poème un aspect solennel. L’adjectif « mort » retentit dans toute la séquence comme s’il s’agissait de plusieurs victimes. Le dernier vers de la séquence structuré par la répétition et le parallélisme syntaxique peut être considéré comme la devise du poète « lutte/contre la mort contre l’oubli ». La deuxième séquence est marquée par le polyptote qui consiste en la répétition du verbe vouloir sous formes différentes : « voulais, voulions, voulons ». A travers cette figure de style, le poète insiste sur ce qui unit tous les gens libres qu’ils soient morts ou vivants, à savoir le bonheur et la justice. Il incite ainsi à l’union et à la solidarité. Quant à la répétition du terme « mot » dix fois dans la dernière séquence, elle est associée à une énumération de mots clés « justice », « liberté », etc. Le poète évoque ce dont le peuple a besoin pour mener à terme sa lutte. Mais la reprise de « mot » a une autre fonction. Elle rappelle le rôle capital du « mot » et par conséquent de la poésie dans la lutte. Ainsi, toutes les figures de répétition ont deux fonctions communes : conférer un rythme au poème et le transformer en une arme efficace dans la résistance. L’étude de ces différents poèmes prouve que le contexte de la guerre prend le dessus dans ce recueil. Tous les sujets qu’aborde le poète sont en

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