AGAPES FRANCOPHONES 2014

Fatma BOUATTOUR Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand, France _____________________________________________________________ 50 Un pays où le vin chante Où les moissons ont bon cœur Où les enfants sont malins Où les vieillards sont plus fins Qu’arbres à fruits blancs de fleurs Où l’on peut parler aux femmes Neuf cent mille prisonniers Cinq cent mille politiques Un million de travailleurs Maîtresse de leur sommeil Neige noire des nuits blanches A travers un feu exsangue Sainte Aube à la canne blanche Fais-leur voir un chemin neuf Hors de leur prison de planches Ils sont payés pour connaître Les pires forces du mal Pourtant ils ont tenu bon Ils sont criblés de vertus Tout autant que de blessures Car il faut qu’ils se survivent Maîtresse de leur repos Maîtresse de leur éveil Donne-leur la liberté Mais garde-nous notre honte D’avoir pu croire à la honte Même pour l’anéantir. (ARA, 34-5) La musicalité est la caractéristique marquante de ce poème. Elle est assurée par l’isométrie, la répétition ainsi qu’une régularité dans la répartition des vers en séquence : 3/5/5/5/3/5/5/5. Cette musicalité est mise au service de la résistance. En témoigne le refrain de trois vers qui est repris deux fois dans le poème et qui rappelle l’engagement des « prisonniers », « politiques » et « travailleurs ». Le poète déclare aussi sa solidarité avec eux. La quatrième séquence est marquée par la répétition du pronom relatif « où » et par le parallélisme syntaxique. Ce phénomène est accompagné de la description du pays dont rêve le poète. Il ne parle pas de lutte ou de victoire. Il évoque un univers serin où l’on peut vivre normalement. « Maîtresse de leur sommeil » est reprise au début de trois séquences. Il s’agit d’une métaphore. Elle renvoie au rêve. Mais ce rêve n’est pas en rupture avec le réel. Il est le point de départ du changement, de la victoire. D’ailleurs, à la fin du poème, le poète associe la liberté à la « maitresse de leur éveil ». Le verbe donner à l’impératif « donne- leur » est repris quatre fois dans le poème. Il est associé trois fois au rêve et une fois à l’éveil. Tout commence par un rêve et finit par se concrétiser. Le poète cherche à donner espoir à ses confrères. Cette harmonie formelle renvoie à une harmonie et symbiose que le poète rêve de réaliser dans son pays. La forme peut être différente dans d’autres poèmes : Un homme est mort qui n’avait pour défense Que ses bras ouverts à la vie

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