AGAPES FRANCOPHONES 2014

Les répercussions de La Seconde Guerre mondiale sur la poésie de Paul Eluard _____________________________________________________________ 49 Au nom des plaintes qui font rire Au nom des rires qui font peur Au nom des rires dans la rue De la douceur qui lie nos mains Au nom des fruits couvrant les fleurs Sur une terre belle et bonne Au nom des hommes en prison Au nom des femmes déportées Au nom de tous nos camarades Martyrisés et massacrés Pour n’avoir pas accepté l’ombre Il nous faut drainer la colère Et faire se lever le fer Pour préserver l’image haute Des innocents partout traqués Et qui partout vient triompher. (ARA, 17-8) Le poème est isométrique. Il est composé de 22 octosyllabes. Outre l’isométrie, un autre trait stylistique y domine. Il s’agit de l’anaphore. « Au nom » est placé à la tête de 9 vers. Cette répétition structure tout le poème. Ce phénomène n’est pas sans rappeler « Liberté », le poème le plus célèbre d’Eluard. Tous les deux sont marqués par la répétition anaphorique. Mis à part ses critères formels qui assurent l’unité du poème, un fil conducteur thématique soude les différentes parties. La coexistence de deux champs lexicaux antithétiques, celui de l’amour et celui de la guerre renvoie au contexte de la guerre. Le triomphe de l’amour signifie la fin de la guerre. C’est le fondement de l’argumentaire que présente Eluard dans ce poème. Dans cet argumentaire, le poète recourt à la gradation. Il énumère les raisons pour lesquelles tout le monde doit se battre pour acquérir la liberté. Il commence par l’amour « Au nom des yeux que je regarde/et de la bouche que j’embrasse » pour arriver ensuite à la paix universelle « une terre belle et bonne ». Le dernier argument avancé par le poète est le droit des victimes de la guerre. Il appelle à la vengeance, une vengeance qui ne peut se réaliser que par l’accomplissement des objectifs de toutes les victimes. On retrouve la même idée dans « À celle dont ils rêvent » : Neuf cent mille prisonniers Cinq cent mille politiques Un million de travailleurs Maîtresse de leur sommeil Donne-leur des forces d’homme Le bonheur d’être sur terre Donne-leur dans l’ombre immense Les lèvres d’un amour doux Comme l’oubli des souffrances Maîtresse de leur sommeil Fille femme sœur et mère Aux seins gonflés de baisers Donne-leur notre pays Tel qu’ils l’ont toujours chéri Un pays fou de la vie

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