AGAPES FRANCOPHONES 2014

Andreea GHEORGHIU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _____________________________________________________________ 70 livre il y a un bout de vieux papier, jauni, tacheté, déteint. Il le déplie soigneusement : JACQUES [je lis] : Monsieur mon maître en conviendra-t-il à présent ? LE MAÎTRE: Et de quoi veux-tu que je convienne, chien, coquin, infâme, sinon que tu es le plus méchant de tous les valets, et que je suis le plus malheureux de tous les maîtres? JACQUES: N’est-il pas évidemment démontré que nous agissons la plupart du temps sans vouloir? LE MAÎTRE: Cela ne veut rien dire. (413-414, nous soulignons) » 30 Ces passages sont l’illustration directe de la théorie du Postmortémisme, appellation ludique donnée à des processus essentiels de la littérature : l’éternel retour de l’auteur, l’engendrement infini des livres par les livres et la postérité entendue comme production. Chez un auteur aussi ludique et polymorphe que Diderot, tout peut y être « déjà » illustré, pressenti, expérimenté. Mais tout aussi bien, chez un auteur qui assume comme lui ses inconséquences, l’incertitude, la permanente remise en question, la coexistence des contraires sont consubstantiels de la dynamique d’une pensée et d’un style. L’envers et l’endroit, le texte et son ombre (auto)parodique que Bradbury arrive admirablement à explorer. Dans notre époque, explique ailleurs Bradbury (1987, 60), est un « âge de la parodie », où l’essence de l’art consiste en l’amalgame citationnel, le vertige narcissique et la mimesis ludique. En tant qu’interprète et déconstructionniste, l’auteur parodique devient un l’homologue convenable d’un philosophe porteur de l’épistémè contemporaine. Parodiste et philosophe par défaut, Bradbury est donc l’interlocuteur idéal de Diderot, philosophe par vocation et parodiste par tempérament. Textes de références Bradbury, Malcolm, To the Hermitage , Woodstock & New York, Overlook Press, 2000. Œuvres de Diderot , édition établie par Laurent Versini, 5 vol., Paris, Robert Laffont, Coll. Bouquins, 1994-1997. Autres textes littéraires cités Courier, Paul-Louis, Le Second Voyage de Jacques le fataliste et son maître , de Diderot. Versailles, Locard, 1803. [En ligne]. URL : http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/ bpt6k61312008. Dumanoir (pseudonyme de Philippe-François Pinel), Clairville (Louis-François Nicolaïe, dit) et Lopez, Bernard, Jacques le Fataliste , comédie-vaudeville en deux actes, représentée pour la première fois sur le Théâtre du Palais-Royal, le 15 novembre 1847, Poissy, G. Olivier, 1847. [En ligne]. URL : http://books.google.ro/ books?id=KDhMAAAAcAAJ&source=gbs_navlinks_s. 30 « The text ends, and then the spiky handwriting picks up, scribbling furiously on the rest of the leaf: ‘How did they meet? By chance, like everyone else. What were their names? What’s that got to do with you?...’ I turn the remaining pages and there, in the end-papers, is a slip of old paper, yellowed, foxed and faded. I take it out and carefully open it up: JACQUES [I read] Oh, come on now, master, just admit it. MASTER. Admit what, you little rat, you dirty dog, you utter scoundrel? That you’re the most wicked of servants, and I’m the most unlucky of masters? JACQUES. Admit I’ve proved my point. That for most of the time we act and do things without meaning it— MASTER. Nonsense. » (TTH, 413-414)

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=