AGAPES FRANCOPHONES 2016
Alexandra DĂRĂU-ŞTEFAN Paraboles, croyances et discours biblique dans Étoile Errante de J.-M. G. Le Clézio 115 leur attribuer, à juste titre, une valeur parabolique : « La peste allait effacer tous les vivants de Nour Chams. Peut-être même qu’elle avait touché la terre entière, un fléau que les Djenounes avaient envoyé aux hommes, sur l’ordre de Dieu, pour qu’ils cessent de faire la guerre ». (ÉE 271) La jeune femme attend résignée la punition divine qu’elle croit mériter, elle, aussi bien que son peuple. L’histoire des Djenounes accomplit toutes les conditions sine qua non d’une parabole : l’irruption d’un récit énigmatique surprenant fait par l’intermédiaire d’un sage, l’utilisation d’un langage imagé riche en métaphores, la formulation d’une question, aussi bien que l’offre d’une réponse. Conclusion Dans Étoile Errante, la parabole est perceptible à deuxniveaux. Notre attention s’est portée tout d’abord sur laparabole de forme, appelée aussi parabole profane, présen- tée en tant que comparaison développée, qui suppose le miroitement d’un parcours de vie dans un autre. J.M.G. Le Clézio bâtit son œuvre sur le conflit israélo-pa- lestinien : une terre et deux peuples qui se la disputent. Si Esther se dirige vers la terre sainte, Nejma fait le chemin inverse. La Juive et la Palestinienne doivent leurs destinées au groupe ethnique et religieux auquel elles appartiennent, s’excluant in- cessamment l’un l’autre. Deuxièmement, nous avons distingué la parabole de contenu que nous avons ap- pelé aussi parabole théologique. Celle-ci raconte des histoires habitées par la pré- sence de Dieu, répondant à une question et renvoyant celui qui s’interroge à lui- même. « Le soleil ne brille-t-il pas pour tous ?» (ÉE 217), se demande Nejma. Cette question, qui fait appel à l’intervention de Dieu, répétée plusieurs fois dans le ro- man, est remplacée à la fin du chapitre par l’affirmation qui lui correspond : « Le so- leil brillait haut dans le ciel, il brillait pour tous ». (ÉE 284) La Palestinienne reçoit une réponse dont le message hautement symbolique est dû à un écrivain qui « […] met l’accent, à travers la rencontre d’Esther et Nejma, sur la nécessité de dépasser la violence autour du mystère de Dieu et de désamorcer la haine et le fanatisme ». (Julia Kristeva, 173) Dans l’univers de l’œuvre, l’auteur réussit à faire ce que l’His- toire n’a pas encore réussi : effacer toute trace d’aversion pour donner de la sorte à l’individu la possibilité d’avoir de l’empathie pour l’Étranger, et d’arriver à la fin à se confondre avec la personne de l’Autre. Dans un monde étrange et métissé, la rencontre avec l’Autre trouble l’équilibre et inverse les pôles. Paradoxalement, dans Étoile errante le personnage errant par excellence reste non pas la Juive, mais la Palestinienne, tandis que la parabole, récit qui puise ses racines théologiques de la Thora, est rendue plus saisissable dans le ro- man à travers les histoires des djins, forgées cependant de l’univers folklorique isla- mique. Bibliographie Textes de références Le Clézio, Jean-Marie Gustave, L’Éxtase Matérielle, Paris, Gallimard, 1967. Le Clézio, Jean-Marie Gustave, Étoile Errante, Paris, Gallimard, 1992. Sartre, Jean Paul, La Nausée, Paris, Gallimard, 1938.
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