AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 130 9 JeanDelorme (éd.), Parole, figure, parabole : recherches autour dudiscours parabolique, Presses Universitaires de Lyon, 1987, p. 9. tiel[le] » (Auerbach p. 77/60). On peut ainsi parler d’un lien de synecdoque entre les deux pôles de la figure. Kerwich, ce vagabond de la pensée, recherche donc en poésie non pas tant la beauté que la pensée. 2. Une parabole disséminée Tous les motifs du recueil sont des micro-paraboles du bon chrétien ; la feuille morte, l’éboueur, le jeune enfant en sont les parangons. La comparaison est le plus souvent explicite, comme on peut l’attendre d’une parabole, par opposition à l’allé- gorie. Le poète lui-même se retrouve comme un modèle à suivre, comme l’ Exem- plum de la parabole. Lui-même est disciple au service d’une révélation (EG 84). L’enchâssement parabolique est donc constant dans ces poèmes. Si bien que Kerwich déroule ce que Gilles Deleuze nommait à propos de Nietzsche une « pensée nomade ». « Le vrai nomade c’est le penseur. Seule la pensée avance non dans le temps mais dans l’intensité spirituelle. J’attends mes pensées : elles vont arriver comme à l’habitude sans prévenir » (EG 53). Les caractéristiques de la parabole sont donc ici réunies pour former une para- bole qu’on nommera disséminée . Même la tonalité quelque peu injonctive est in- cluse, celle qui vise à modifier le lecteur. Jean Delorme rappelait la visée de la para- bole : « Quelle est l’intentionalité de la parabole ? Faire comprendre ? Faire croire ? Faire faire ? Non. Passer d’une façon de communiquer à une autre. […] Elle vise à faire être autrement qui s’en constituera destinataire 9 . » Le recueil fonctionne donc de façon performative et immédiate. Conclusion Pourquoi Kerwich recourt-il à cette forme de la parabole, disséminée ? Plusieurs fonctionnalités sont envisageables. Bien sûr celle de la captatio benevolentiae, qui rend la lecture plus simple car plus imagée. Mais il s’agit ici peut-être d’une autre raison : au contraire, cette parabole disséminée permet de rendre moins lisible le « secret messianique », afin que la révélation ne soit accessible qu’à ceux qui en sont dignes. On n’entre pas en poésie comme on entrerait dans une église. Le cheminement poétique dans ce recueil peut aussi s’entendre comme une parabole au sens mathématique : le poète a fait une entrée inattendue et fulgurante en poésie, et il évoque une envie franche d’en ressortir définitivement une fois la courbe tracée : « je ne veux plus écrire, je veux repartir sur les routes. » (EG 98) Et encore : « Je ne veux plus connaître Jean-Marie Kerwich, car c’est un homme à qui j’ai trop donné. » (EG 105) Car tout a une fin, même le recueil : « Le gitan solitaire écrit les dernières pages de son évangile nomade. Il achève la dictée murmurée par le vent, le vent qui s’est assis dans la roulotte de son âme. » (EG 115) Bibliographie Texte de références Kerwich, Jean-Marie, L’Évangile du Gitan, Paris, Mercure de France, 2008.

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