AGAPES FRANCOPHONES 2016

1 Michael Fœssel, Apres la fin du monde : critique de la raison dialectique, « l’ordre philo- sophique », seuil, 2013. Référence dans l’édition numérique Kindle (121/5085, 3%). 143 Après l’histoire : Résistances de la Parabole D ENIS MELLIER Université de Poitiers, France Résumé. Le roman français contemporain semble éprouver certaines réticences à l’égard de la parabole, celle-ci étant trop souvent comprise comme fable, image ou allégorie dont le discours et la morale trop nette, trop claire contrarierait une pensée de littérature essen- tiellement fondée sur l’indétermination et la mise en crise du sens. À partir de l’hypothèse de sa résistance et de sa dimension critique, il s’agit d’examiner dans trois récits, d’Eric Faye (1997), Jean-François Villard (1993) et Jean Rolin (2015), qui usent des imaginaires de la dystopie, de l’uchronie, du récit policier ou de la guerre anticipée, la possibilité d’un usage contemporain de la parabole. Abstract. The French contemporary novel writer seems rather reluctant to use parables as they are too often associated with the fable, the image or the allegory, whose discourse andmoralswould frustrate the literary conceptionbased on indeterminacy and on the crisis of the meaning, as they are too clear, too obvious. Starting from the hypothesis of its resis- tance and from its critical dimension, our aim is to examine through three French contem- porary novels, belonging to Eric Faye (1997), Jean-François Villard (1993) and Jean Rolin (2015) and dealing with realms such as dystopia, uchronia, crime fiction and anticipation, the possibility of a contemporary use of the parable. Mots-clés : parabole, indétermination, postapocalyptique, dystopie, récit policier, antici- pation, pensée critique, politique, Eric Faye, Jean-François Villard, Jean Rolin. Keywords: parable, indeterminacy, postapocalyptic fiction, dystopia, crime fiction, antici- pation, politics, critical thinking, Eric Faye, Jean-François Villard, Jean Rolin. Parabole risquée ou la Réticence à la leçon « Une image est le moyen par lequel les hommes prétendent savoir ce dont une chose retourne avant de se confronter à elle » écrit le philosophe Michaël Fœssel 1 . Invention imaginante et morale, la parabole est une allégorie narrative ainsi qu’on le trouve fréquemment formulé dans ses caractérisations rhétoriques. Si la parabole est souvent associée à la fable, c’est donc en raison de leur commune téléologie, moins nécessairement démonstrative et didactique, qu’appelant une interprétation de leur fiction selon une leçon, une morale. La parabole est donc essentiellement fable, au sens que lui donnent les formalistes, de contenu narratif, d’histoire, de fabula ou de récit d’imagination. L’interprétation du récit parabolique porte, de fait, sur les degrés variés de signi- fication qu’il est susceptible d’engendrer, d’une littéralité trompeuse à une allégorie affirmée ; interprétation qu’il est possible de prolonger oude complexifier enactuali- sant, par exemple, la parabole originale au moyen de nouvelles significations liées aux contextes de réception : faire de telle parabole évangélique un récit valant pour le temps présent ;mais aussi, révéler dans un récit contemporain sadimension para- bolique pour y voir l’expression d’une forme d’exemplarité ou de portée collective.

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