AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 144 2 AntoineVolodine, Terminus radieux, Seuil, 2014 ;CélineMinard, LeDernierMonde, Galli- mard, 2009 ; Xabi Mollia, Avant de disparaître, Seuil, 2011. 3 Michael Fœssel, Après la findumonde : critique de la raisondialectique, « l’ordre philoso- phique », seuil, 2013. Référence à l’édition Kindle (5%) (244/5085) L’intention parabolique, ou l’explicite formel de sa leçon, n’est donc pas seulement une affaire de conception ou d’ inventio. Sa signification peut également dépendre, sous certaines conditions pragmatiques, de la constitution, par un lecteur ou une communauté interprétative, de la valeur de parabole que peut – potentiellement – prendre un récit. Mais, une parabole est aussi une figure géométrique semi-circulaire ou ovale. La parabole n’est pas une figure achevée et totalisante, sous l’espèce du cercle qui enser- rerait en son sein ses objets, mais plutôt, par un double mouvement qui présente- rait, un déploiement dans le temps – d’où sa métaphore disponible pour la figure rhétorique – et un dépliement dans l’espace : ogive, arche, la parabole trace une dy- namique dont la figure d’ovale est indentifiable, et dont l’origine (x) et l’arrivée (y) forment une relation sans solution de continuité, culminant en un point zénithal ou se creusant en un abyme (z). D’un point à un autre, une parabole géométrique dessine un mouvement comme celui de l’aller et du retour, de l’essor et de la chute : vectorisée sur l’axe horizontal – qui constitue l’expression figurative commune du temps et des continuités … temps de la chronologie, linéarité syntagmatique – la parabole offre la parfaite métaphore de l’ascension puis de la chute . Difficile de ne pas entendre ici pour une oreille littéraire le sens pluriel de ce dernier terme : dé- chéance, retombée, achèvement ou encore effet de pointe (concetto), comme on le dit pour un sonnet, une bonne blague, ou l’effet final d’une nouvelle. Une parabole, c’est enfin un objet technologique que l’on voit sur les balcons des cités. Ces paraboles autorisent la réception de programmes, d’images et de discours diffusés par les satellites du monde entier. La parabole est alors le signe du contem- porain médiatique, figure d’un monde traversé du flux incessant des images, des médias, des langues, des discours produisant tout à la fois de grands effets d’homo- généisation et de contradictions. Ces paraboles sont les vecteurs technologiques et symboliques d’un logos mutilé et peu audible dans le brouhaha inconsistant de la communication. Dans ce brouhaha, pourtant monologique, un des spectacles favoris des sociétés contemporaines se joue sur une grande scène apocalyptique où les récits de l’Hi- stoire se voient pulvérisés. Une intense production fictionnelle organise les repré- sentations de l’après de la catastrophe économique, écologique, nucléaire ou virale qui vient. C’est là le monde des fictions post-apocalyptiques qui approche celui des uchronies, c’est lemonde des romans d’Antoine Volodine, CélineMinard, XabiMol- lia 2 , si l’on veut. Pour Fœssel, « le motif de la fin du monde assure en effet la syn- thèse de toute les pertes dont la modernité tardive serait l’événement : la fin de l’art, de la politique, de l’histoire, de la philosophie » 3 . Bien sûr, certains appellent de leur vœux un nouveau monde unifié par les mar- chés et le consensus en apparence an-idéologique, unmonde s’annonçant heureuse- ment après l’histoire, après la philosophie, après les idéologies. Quitter enfin les rigi- dités des mondes anciens de la politique, pour la gestion pragmatique des données (datas) : ne pas en rester, au début du XXI ème , aux termes obsolètes d’un débat re- montant au XIX ème , entend-on en France ces temps-ci. Mais, d’autres, au contraire

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