AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 150 9 Rolin (1214/1611, 78%) 10 Rolin (1028/1611, 65%) 11 François Hartog, Régimes d’historicité : présentisme et expérience du temps, Seuil, 2003. Premier cas : L’Arbre planté par Youri Gagarine – un pin maritime -, cela faisait maintenant plusieurs semaines qu’il dépérissait : au point que de ses aiguilles, près des trois quarts déjà présentaient cette couleur de rouille annonciatrice d’une fin pro- chaine. Et toutes les ressources du matérialisme dialectique s’étaient avérées impuissantes non seulement contre ce dépérissement dupin, vraisemblablement imputable à la chenille processionnaire, mais contre la superstition populaire qui l’interprétait comme un signe de la chute imminente de la poche. 9 Second cas : Il lui revient en mémoire une fable japonaise (ou chinoise) dans laquelle un moine errant, entendant un enfant vagir dans les roseaux qui bordent l’étang, cède d’abord à la tentation de lui porter secours, avant de reprendre et de passer son chemin. Car s’il ne sait pas, le moine errant, ce qui est bon pour lui-même, comment pourrait-il savoir ce qui est bon pour l’enfant, et s’il ne lui convient pas de se noyer ? 10 Il s’agit alors, chez Rolin, de réinscrire la prise en charge des lieux, des moments communs dans l’illisibilité d’ensemble des grands événements ; de rappeler encore après Orwell et Huxley, après Bradbury et K. Dick, la force politique que conserve la littérature dans les projections uchroniques ou la prospective dystopique qu’auto- rise la fiction. De montrer, au terme d’une enquête sur l’histoire des affrontements parisiens entre trotskystes et staliniens, vécus sur le plan privé par un trio d’amants porté par la poésie surréaliste, le patronage de Breton et la focale de Nadja, qu’une force de conviction et un horizon possible peuvent s’ouvrir à nouveau en 1993, lors de cette errance nocturne du narrateur à Prague, dans l’espoir porté par Havel. Vilar et son personnage semblent pourtant peu enclins à espérer les répétitions heureuses ou les retours idéalisés ; ainsi pouvait-on lire au début du roman : Naturellement, je ne crois pas unmot de ces suppositions exaltantes. Mais ce qui me frappe, c’est que dans chaque élément et dans chaque variante de cette his- toire, on trouve toujours le même motif, revenant de façon obsédante, on ren- contre continuellement des personnages et des figures qui entrent dans une péri- pétie tout droit sortis d’un livre où ils ont déjà vécu ou raconté leur vie, et voilà qu’ils doivent répéter, comme des ombres de corps réels, des gestes déjà accom- plis et déjà transmis à la mémoire. (1993, 60) C’est, chez Vilar, le relevé de ces figures, ou l’idée qui vient au personnage de Faye, que si le roman de Morvan n’existe pas alors il faudra peut-être l’écrire lui-même, ou encore laminutie parfois désuète et essentielle cependant, avec laquelle saisir les lieux se défaisant, s’effaçant, qui constituent l’allégorie de la littérature présentée par ces romans. Si comme l’écrit, dans un autre passage, Vilar « l’Histoire n’a pas demo- rale », persister à faire de la littérature, jouer la résistance de la parabole dans les temps sansmémoire, dans ce régime d’historicité que FrançoisHartog décrit comme « présentiste » 11 , c’est peut-être parier encore sur une certaine dimensionmorale de la littérature, et partant, ne pas exclure trop rapidement, les usages encore possibles de la parabole.

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