AGAPES FRANCOPHONES 2016
179 Éric-Emmanuel Schmitt et le récit-parabole V ALENTINA RĂDULESCU Université de Craïova, Roumanie Résumé. Le roman Lorsque j’étais une œuvre d’art (2002) d’Éric-Emmanuel Schmitt pourrait être interprété comme une parabole de la condition humaine à l’époque consumé- riste contemporaine. L’objectif de notre article consiste à mettre en évidence les particu- larités de l’évolution du personnage central dans sa tentative de récupérer son identité et de se (ré)assumer après une expérience de vie particulièrement traumatisante. Deux axes de réflexion seront privilégiés : 1. identifier les éléments spécifiques au fonctionnement de la parabole qui se retrouvent aussi dans le roman schmittien et qui en font un récit-para- bole ; 2. analyser la thématique symbolique développée par le roman et ses enjeux en rap- port avec le statut du héros du roman, Adam bis . Abstract. Éric-Emmanuel Schmitt’s novel Lorsque j’étais une œuvre d’art (2002) could be interpreted as a parable of human condition in present consumerist times. This paper aims to highlight the features of the central character’s evolution in his attempt to recover his identity and to (re)assume himself after a particulary traumatic life experience.We shall focus on to axes of reflection: 1. Identify the specific aspects in the functioning of the pa- rable, which allow us to consider Schmitt’s novel also as a parable; 2. Analyze the symbolic themes developed by the novel in relation with the character of Adam bis. Mots-clés : récit, parabole, métamorphose, œuvre d’art, humanité. Keywords : story, parable, metamorphosis, art work, humanity. Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, Éric-Emmanuel Schmitt est actuellement l’écrivain français le plus lu et le plus joué dans le monde (son œuvre est traduite dans plus de cinquante langues). Réunis dans trois volets – le Cycle du visible, le Cycle de l’invisible, le Cycle de l’humain et de l’inhumain – ses récits et ses pièces de théâtre sont tous reliés par une « idée-force » (Meyer 2004, 11) : montrer que le « Bien est encore possible » (Meyer 2004, 11) dans un monde dominé par l’angoisse, le vide, la violence. PourMichel Meyer, Schmitt est « l’écrivain de l’espérance dans unmondé déses- péré » (Meyer 2004, 8) et cela est dû à son amour inconditionnel de l’être humain, à son attachement profond aux valeurs humanistes. En outre, abordant les grands problèmes existentiels, Schmitt conclut qu’il faut accepter l’idée que celles-ci n’ont en réalité pas de solution, mais seulement des réponses. […] Il faut vivre avec ces questions, avec le questionnement inlassable qui nous affecte, sans for- cément cultiver les mêmes réponses. Car le monde est devenu problématique et toute réponse, même la plus évidente, finit par éclater pour ce qu’elle est : l’é- nigme de notre être, des choses, des autres, le mystère profond qui s’y joue en creux. (Meyer 2004, 12). Afin d’illustrer ces deux idées-force, Schmitt recourt souvent à des paraboles, surtout dans les récits du Cycle de l’invisible, qui explorent le rôle de la spiritualité dans le de- venir humain, ou écrit des récits qui sont en eux-mêmes des paraboles. C’est aussi le cas du roman Lorsque j’étais une œuvre d’art (2002), qui peut être interprété comme une parabole de la condition humaine dans la société consumériste contemporaine.
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