AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 232 9 Abdelmajid Wasmine, “LA Mémoire tatouée ou la passion du merveilleux », in Al Asas, n°94, 1990, p.46. 10 Jamel-eddine Bencheikh, LesMille et une nuits ou la parole prisonnière, Gallimard, Paris, 1988 p.14. 11 François Villa et Gilbert Grandguillaume, « Les Mille et une nuits : un mythe en travail », in Peuples méditerranéens, n°56–57, juil.-déc., 1991, p.63. Conclusion La parabole de l’ascèse mystique et du chant soufi vont servir, dans Le Livre du sang, à la démonstration d’une vérité d’un autre ordre, celle d’une écriture extatique qui habite le récit et qui lui donne accès aumonde symbolique en l’introduisant dans une transe poétique. Khatibi puisera cette dynamique narrative dans le patrimoine culturel arabo-musulman que sont LesMille et une nuits et l’expérience soufie où co- existent le monde réel et l’espace du désir ; la structure de l’extase conduisant à la «mort-vie », caractérisant le récit lui-même : « La vision extatique rassemble, en un pur regard, les échos et les voix de ce récit » ainsi que l’annonce la voix des Orants. ( LS 129) L’expérience liminale avec la mort a été possible, dans le récit khatibien, grâce à une expérience mystique particulière. Tout semble, en effet, faire acheminer le récit, au travers d’une dansemystique, vers samort qui n’est que commencement, renaissance, « une expérience poétique où la mort n’est qu’une notion du langage, une métaphore pour exprimer un état de ravissement éprouvé par le poète. » 9 (Wasmine 1990, 46) Si dans Les Mille et une nuits, il y a un affrontement entre un désir et une loi comme l’explique Bencheikh 10 (1988, 14) et que « le seul acte qui s’(y) accomplisse est l’acte de parole dans son affrontement à l’énigme du sexuel et à la mort» 11 (Villa, Granguillaume, 1991, 63) ; si dans lapratiquemystique s’opère un déplacement d’un désir érotique quasi destructeur vers un désir de Dieu ; dans le texte khatibien, l’af- frontement se passe entre un désir et une narration en ce sens que ce désir est ori- enté vers le langage ; lamort étant le lieu commun entre les trois univers. L’emphase et l’hyperbole construiront à leur tour un récit de l’excès, mais d’un excès qui se dé- signe, renvoyant à lui-même dans unemise en abyme parabolique, à travers laquelle se construit et se reconstruit le mythe personnel du narrateur-créateur, de l’écrivain par rapport aux langues dans lesquelles il se meut et se construit. Bibliographie Textes de références Khatibi, Abdelkébir, Le Livre du sang, Paris, Gallimard, 1979. Khatibi, Abdelkébir, Nuits blanches, in Ombres japonaises, Montpellier, Fata Morgana, 1988. Khatibi, Abdelkébir, La Langue de l’Autre, New-York, Tunis, éd. Les mains secrètes, 1999. Ouvrages critiques Abastado, Claude, Mythes et rituels de l’écriture, Bruxelles, éd. Complexe, 1979. Bencheikh, Jameleddine, Les Mille et une nuits ou la parole prisonnière, Paris, Gallimard, 1988. Blanchot, Maurice, L’espace littéraire, Paris, Gallimard, coll. ‘’Essais’’, 1955. Eliade, Mircea, Méphistophélès et l’androgyne, Paris, Gallimard, 1957.

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