AGAPES FRANCOPHONES 2016

Ioana MARCU Ramona Malita, Le Chronotope romanesque et ses avatars. Mode d’emploi. 279 de ce recueil renaissant et le narrateur – les dix personnages devisants – le font par des découpages chronotopiques vérifiables topographiquement et temporellement. Dans la dramaturgie classique, l’unité de temps et l’unité de lieu forment le chrono- tope théâtral (analysé dans le VII e chapitre « Des repères mythologiques dans Phèdre de Racine. Pour un chronotope théâtral », respectivement dans le VIII e cha- pitre « Des irradiations textuelles du chronotope théâtral. Regard spécial sur le théâtre classique deRacine ») qui enclenche, à son tour, l’unité d’action et le quatuor des personnages. Les conséquences manifestes du chronotope théâtral sont repé- rables au niveau de l’architexte, du supra-texte et du paratexte de la tragédie raci- nienne, en usant des notions théoriques de Gérard Genette. Ayant pour point de dé- part les repères mythologiques en tant que paratextes, Ramona Malita a identifié cinq types de temps et quatre types d’espace par l’intermédiaire desquels le dra- maturge illustre l’unité de temps et, respectivement, l’unité de lieu. L’époque romantique fait l’objet des deux chapitres suivants : le IX e chapitre inti- tulé « Ab imo pectore ou sur le chronotope romanesque romantique », respective- ment le X e dont le titre est « Chronotopies romanesque chez Madame de Staël : Dix années d’exil, Corinne et Delphine ». Indiquer le personnage d’une anecdote c’est l’introduire dans l’horizon d’attente du lecteur, et ce faisant le narrateur use de maintes modalités d’amener son protagoniste à la connaissance du lecteur virtuel dont nous mentionnons une : le chronotope. Celui-ci repose, certes, sur le pacte fictionnel, signé dès le début entre l’auteur, le narrateur et le lecteur. Le XI e chapitre (« Entre le temps et l’espace, le chronotope ? Pour une lecture polygonale de Marguerite Duras ») de notre ouvrage s’occupe de Marguerite Duras. L’isotopie romanesque par ses connecteurs ou embrayeurs introduit une seule ou maintes lectures différentes, correspondant par exemple au « codage rhétorique » que Claude Lévi-Strauss relève dans des mythes qui jouent simultanément sur le « sens propre » et le « sens figuré ». Dans le cas des romans de Marguerite Duras, L’Homme Atlantique et L’Homme assis dans le couloir, les chronotopes pseudo- hic et nunc et pseudo- in media res rendent possibles la superposition d’isotopies diffé- rentes qui réclament une rétro-lecture afin de mieux situer les personnages. Ainsi, par exemple, lorsqu’elle et lui (les personnages sans nom de l’incipit du roman L’Homme assis dans le couloir ) font semblant de s’ignorer mutuellement (le lecteur devine un amour capricieux), leurs regards se cherchent, s’examinent et observent, tour à tour, le désir languissant de l’autre ; à partir de là, une autre isotopie figurative – relative à l’amour charnel, voire sauvage – est reconnaissable : non seulement l’amour physique « orageux » et les jeux agressifs annoncent la mort de la femme, mais toute la première partie de ce mini-roman peut être rapprochée, par rétro- lecture, de la fin triste et accusatrice de l’histoire. Le dernier chapitre (« Semper in motu ou une autre facette du chronotope du voyage ») traite de la littérature roumaine sous les communistes. Le roman de Sorin Titel, Le Long chemin du prisonnier, a été analyse sous l’angle du chronotope sociologique qu’est l’un des avatars du chronotope romanesque. La construction mentale identitaire compte parmi les conséquences immédiates du chronotope sociologique, puisque l’individu possède une multitude d’identités virtuellement actualisables, identités qui peuvent être activées dans des situations de communica- tion sociale bien déterminées. Cet ouvrage réunit donc douze études sur le chronotope romanesque et théâtral, ayant pour finalité commune la recherche sur le temps, l’espace et le chronotope (ou

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