AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 50 Conclusion La parabole, ou parole détournée, permet à Jésus de dire plus, ailleurs, au-delà, et indirectement.Métaphore à visée persuasive, elle enseigne, persuade, fait douter ou réfléchir, à moins qu’elle ne demeure l’énigme que seuls les croyants peuvent en- tendre et voir. Création poétique, elle offre un autre monde, un ailleurs, dont les germes sont ici même. Ronsard, dans son Art poétique (403–404), rapprochait ainsi l’ancienne poésie et la théologie, dans cette remarque où la parabole trouverait aussi sa place : «La poésie n’était, au premier âge, qu’une théologie allégorique, pour faire entrer au cerveau des hommes grossiers, par fables plaisantes et colorées, les secrets qu’ils ne pouvaient comprendre, quand trop ouvertement on découvrait la vérité. » De plus, Jésus trouvait, dans ces détournements, cette parole de biais, unmoyen assurément efficace pour déjouer la censure des autorités et se soustraire au pouvoir en place. Jusqu’à ce jour où : « En entendant ses paraboles, les grands prêtres et les Pharisiens comprirent que c’était d’eux qu’il parlait. Ils cherchaient à l’arrêter, mais ils eurent peur des foules, car elles le tenaient pour un prophète. » (Matthieu 21, 45–46), dans laparabole des Vigneronsmeurtriers, qui annoncemétaphoriquement sa crucifixion et sa mort. La parabole, enfin, permet de surmonter les conflits, en évitant « le choc fron- tal » : « L’intérêt de la fable, de la parabole, du conte, c’est de parler de la vérité sans organiser un choc frontal […]. En déplaçant les interlocuteurs sur un terrain neutre, la fable rétablit l’écoute et donc la communication. » (Woody 2016) La parabole, comme la fable, crée une entente possible, restaure le dialogue, et, tout en désorien- tant l’auditeur, elle l’amène à réfléchir, se remettre en cause, pour penser et agir autrement, comprendre peut-être, sinon croire… Bibliographie Dictionnaires Bailly, Anatole, DictionnaireGrec-Français . LeGrandBailly, Paris,Hachette, 2000 [1895]. Gaffiot, Felix, DictionnaireLatin-Français . LeGrandGaffiot, Paris, Hachette, 2000 [1934]. Ernout Alfred & Meillet Antoine, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris, Klincksieck, 2000 [1932]. Littré, Émile, Dictionnaire de la langue française, Paris, Hachette, 1863–1872. [En ligne] URL : http://www.littre.org . Rey, Alain (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992 (2 vol.). Trésor de la Langue Française Informatisé, [En ligne] URL : http://atilf.atilf.fr/tlf.htm . Ouvrages imprimés Alain, Les Dieux, suivi de Mythes et Fables et de Préliminaire à la Mythologie, Paris , Gal- limard, « Tel », 1985 [1934]. Austin, John L., Quand dire, c’est faire, Paris, Le Seuil, traduction de Gilles Lane, 1970 [ How to do things with words, Oxford, 1962]. Aristote, Rhétorique, traduction de Charles-Émile Ruelle, Paris, Le Livre de Poche, 1991. [Enligne] URL : http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ rheto2.htm#XX (Page consultée le 10 septembre 2015). La Bible (TOB), notes intégrales, traduction œcuménique, Paris, Cerf, Bibli’o, 2010. [En ligne] URL : http://lire.la-bible.net . Eco, Umberto, Se t miotique et philosophie du langage, traduction de Myriem Bouzaher, Paris, Presses Universitaires de France, 1988.

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