AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 72 l’auteur qui se fait le maître de l’humour et de l’ironie dans ses œuvres. C’est la rai- son pour laquelle il n’hésite pas de faire de la religion un sujet de raillerie. L’autre roman abordé dans cette recherche, Un feu dévore un autre feu, paru en 1978, aux Éditions du Seuil, emprunte son titre à Shakespeare, issu de Roméo et Juliette. Roman d’amour et de la passion, il met au premier plan deux personnages, Maria etManuel ayant comme topos de l’incipit l’église elle-même. Manuel Alcazar, sénateur de la ville, se sent contraint de participer à lamesse dumariage de Carmen, demi-sœur de Maria, occasion parfaite pour que l’écrivain fasse surgir son ironie à propos de la prière et de l’église qui ne semble pas être l’endroit où Manuel puisse se sentir à l’aise : Il rougit. Si sa place n’est pas dans cette église, qu’attend-il pour s’en aller ? […] Elle prie de nouveau, les yeux clos, et il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’elle dit : Tout amour vient de vous, Seigneur. Si je m’étonne d’aimer celui-ci, qui Vous ignore, je ne puis me le reprocher sans Vous le reprocher à Vous-même. Et ces heures tragiques, je vous le recommande. (Hervé Bazin 1978, 16) Le roman fait référence à la parabole de Marthe et Marie (Luc 10, 38–41), com- plémentaires dans leur attitude face à la divinité : l’une, contemplatrice, reste assise aux pieds de Jésus pour écouter la parole divine et l’autre, plus engagée dans le ser- vice dédié aux autres, travaille avec Dieu pour son prochain. Finalement, les deux visions constituent une unité essentielle pour chaque personne individuelle et le per- sonnage bazinien réunit les deux figures de la Bible dans leur unité sempiternelle : « elle a choisi les deux parts. C’est elle qui se sent coupable et qui souffle : Mon Dieu, dire que je n’ai rien à te donner. » (Hervé Bazin 1978, 184), déclare Marie. Le même sentiment d’indignité peut être décelé dans les paroles du protagoniste du roman Le démon de minuit : « Domine, non sum dignus » (Hervé Bazin 1988, 206), affirme Gérard. Le cri du pécheur apparaît vers la fin de sa vie, lorsqu’il est reconnaissant à la divinité pour : « avoir le privilège d’être si tardivement aimé » (Hervé Bazin 1988, 206) En guise de conclusion, nous avançons notre hypothèse, qui est encore loin de l’état exhaustif. Selon l’attitude de révolte face au religieux, posture décidée et di- rectement exprimée dans les interviews données et, d’autant plus, dans l’ouvrage qu’il a entamé, Hervé Bazin se déclare incrédule devant le mysticisme de la foi chrétienne. En écrivant, Hervé Bazin fait souvent appel à l’interdisciplinarité et la religion représente l’un des thèmes qui fait surgir son humour : c’est ainsi que tout recours fait aux paraboles de la Bible et aux saints de l’église chrétienne n’est que par mise en dérision. Bibliographie Textes de références Bazin, Hervé, Vipère au poing, Paris, Éditions Bernard Grasset, 1948. Hervé Bazin, Lève-toi et marche, Paris, Éditions Bernard Grasset, 1952. Bazin, Hervé, Un feu dévore un autre feu, Édition du Seuil, Paris, 1978. Bazin, Hervé, Le démon de minuit, Paris, Éditions Bernard Grasset, 1988. Ouvrages critiques Moustier, Pierre, Le romancier en mouvement, Éditions du Seuil, Paris, 1978.

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