AGAPES FRANCOPHONES 2016
Bianca-Livia BARTOŞ Hervé Bazin – un faux recours à la parabole 71 lui manque la grâce divine, la seule qui, à travers la prière, puisse accomplir lesmer- veilles désirées. En adoptant Claude, malade de Little, avec l’intention de l’aider à vaincre samaladie, elle éprouve une foi personnelle, sans appartenir à une Église en particulier, comme l’affirmera le pasteur correspondant d’Hervé Bazin dans l’une de ses lettres : […] il y a chez elle un tournant : pensant se réaliser elle-même en découvrant aux autres leurs possibilités, elle s’approfondit dans une attitude de renoncement personnel et d’amour, qui inconsciemment la rapproche de Celui qui fut l’amour incarné – chrétienne sans le savoir peut-être… (Lettre de 21 mars 1952) Constance renonce à elle-même en faveur de la guérison de Claude, mais aussi au profit de la joie de ceux qui l’entourent : elle intervient pour rendre Cathy, son amie, au cinéma, multiplie ses visites chez le Père Roquault, celui qui finira par écrire le roman qui lui a été dicté par Constance même. Elle se propose des tâches difficiles à réaliser, en commençant par l’équilibre : « ma première tâche serait de lui apprendre l’équilibre qui, pour nous, est un mé- tier. » (Hervé Bazin 1952, 78) L’équilibre du corps, regardé du point de vue physique ne semble pas impossible à enseigner mais, étant données les circonstances de la maladie de Claude, il semble irréalisable. Quant à la protagoniste, elle souffre du même déséquilibre, mais qui est doublé de l’infirmité spirituelle : tout comme Claude n’arrive pas à comprendre le but de Constance, elle non plus ne pénètre pas dans l’aura mystérieuse qui entoure Pascal. Selon le critique Pierre Moustiers, le personnage de Constance semble être in- spiré de la vie réelle, d’une jeune américaine. (Pierre Moustiers 1978, 118) Ce qui nous a semblé le plus évident dans les traits du personnage est la paralysie, qui nous fait penser au premier fils d’Hervé Bazin, Jacques. Suite à une enfance beaucoup plus dure que celle de son père, arrivé à l’âge de la maturité et après avoir formé une famille, il devient paralysé et se suicide, pour échapper au supplice qu’il doit sup- porter. Quelques années plus tard, l’écrivain affirme dans une interview qu’il aurait pris la même décision s’il était dans la peau de son fils, mais le voilà qui dote son personnage d’une force inimaginable. Le faux recours à la parabole est, donc, suggéré par le refus de la foi chrétienne, ce qui condamne le personnage à lamort. L’idée est doublée par l’argumentmédical, qui renforce la condamnation à mort de la protagoniste : on lui diagnostique une Syringomyélie, une maladie relativement rare de la moelle épinière qui aboutit à la destruction progressive des fibres nerveuses et, dans le cas de Constance, à la mort. Elle refuse la radiothérapie pour ne plus voir sa tante faire des sacrifices pour elle et commence à ressentir le poids du temps qui passe. PierreMoustiers conclut ses idées concernant ce roman : « Non, […] en écrivant Lève-toi et marche, Hervé Bazin s’est dérouté, mais il ne s’est pas trompé. » (Pierre Moustiers 1978, 120) : il est fort pro- bable que l’écrivain n’ait pas été conscient du risque qu’il assume en choisissant une protagoniste qui devient, selon les mots du critique, « farouchement athée », mais qui tente de répondre à la question d’Albert Camus : « Peut-on devenir un saint sans Dieu ? ». Constance devient une « sainte laïque » grâce à son comportement philan- thropique et à cause de son éloignement de la foi chrétienne. Cependant, dans la première version du roman, publiée dans la revue Réalités, Constance est, elle aussi, amoureuse de Pascal et se laisse finalement convertir par lui. La deuxième version avait besoin d’un changement, de l’empreinte plus fine de
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