AGAPES FRANCOPHONES 2016
Claudia BIANCO Humain ou trop humain ? L’Évangile revisité d’Henry Soumagne 85 20 « Monsieur Soumagne a remarqué, comme nous tous, ailleurs, que le mal dont souffre notre société d’après-guerre, c’est le défaut d’orientation morale. » (Georges Rancy, L’Inde- pendence belge, 14 décembre 1923). 21 Georges Sion, conclue sa Préface à l’édition de la pièce publiée en 1990 en citant celle qu’é- tait l’opinion de la femme de Soumagne à l’égard de cette œuvre « d’une richesse verbale et théâtrale exceptionnelle » (Poupeye, 1932) : «Je l’entends encore me dire, avec un sourire qui ressemblait à une question : “Mais Georges, Madame Marie est une pièce religieuse, non ?” (1990, 12). maine car on peut accéder de plain-pied à la « sur-vie » après avoir sombré dans le désarroi et dans l’immoralité la plus profonde 20 S’il est vrai que le dramaturge liégeois « souhaitait exprimer la position de tous ceux qui, incroyants, veulent conférer à la vie une dignité qui ne doit rien à des pré- ceptes religieux. (Golstein, 1951, 5), on peut, sans doute, affirmer que son but a été atteint. C’est finalement, à l’intérieur de cette dimension indécidable, plus vraie que le vraie, qu’est l’espace théâtral – espace de tous les possibles-, qu’une… relative stabilité peut être conquise. Elle se fraie un passage entre « la reconnaissance » et le « dépaysement » En passant par le « trophumain », par un débordement d’humanité accompagné, forcément, par l’humour et le ridicule, Soumagne a su fusionner le matériel avec le spirituel, l’humain et le divin, créant une synthèse toujours dynamique et à jamais conclue. C’est justement la synthèse entre deux instances opposées qui constitue le point d’arrivée et de départ pour toute expérience et connaissance. Il faut « passer à travers » pour connaître et maîtriser (?) ce qui nous dépasse. N’est-ce pas celui-ci, finalement, le but ultime de toute parabole ?Et Madame Marie n’est-elle pas une pièce profondément religieuse 21 ? Bibliographie Texte de références H. Soumagne, Madame Marie, Pièce en trois actes, Paris, Théâtre de l’Œuvre, 1928, Bruxelles, Théâtre des Beaux-Arts, 1931 ; in La Revue de l’Œuvre, n°2, avril 1928, Paris, La Maison de l’Œuvre, 1928, Réédition : Bruxelles, Palais des Académies, 1990. Ouvrages critiques Aron, Paul, La mémoire en jeu, Un Histoire du théâtre de langue française en Belgique, Bruxelles, La Lettre Volée, 1995. Bianco, Claudia, Tra sacro e profano: Il Grottesco ne L’Autre Messie di Henry Soumagne, Atti dell’Accademia Peloritana dei Pericolanti, Classe di Lettere, Filosofia e Belle Arti, Vol. LXXXIII (2007), Napoli, Edizioni Scientifiche Italiane, 2007, 329–350. Collectif, Histoire de la Littérature belge francophone, 1830–2000, Paris, Fayard, 2003. Delzenne, Y. et Houyoux, J.(dir.), Le Nouveau Dictionnaire des belges de 1930 à nos jours (2 volumes), Bruxelles, Le Cri, 1998. Frick, Robert et Muno, Jean (dir.), Littérature française de Belgique, Sherbrook, Québec, Naaman, 1979. Frick,Robert et Trousson, Raymond, Lettres françaises de Belgique. Dictionnaire des œuvres, tome IV, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1994. Gasparro, Rosalba, « Henry Soumagne: la derisione del sacro » , in: Le parole dell’altrove , Atti del Convegno Internazionale sul Teatro spirituale in Europa : Il Belgio francofono (Roma, 01–02 ottobre 1992), Roma, Ente dello spettacolo, 1995,47–70. Gauchez, Maurice, Henry Soumagne, dans Tréteaux, n° 7–8, sept.- oct. 1934.
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