AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 84 lorsqu’ il s’agit de comprendre et de vérifier la nature du Christ, les actants/person- nages, parlent et agissent dans l’incertitude, dans un espace mixte ou hybride ; « dépouillés de leur caractère surnaturel, [ils] vivent, chacun avec des réactions per- sonnelles, une aventure qui les dépasse. » (R. Golstein, 1951). Voilà ci-après le type de discours qui explicite ma pensée : MAGDELEINE : … Jésus n’est pas un homme. Comment peut-on trembler pour lui ? Jésus est leMaître. Il n’est pas d’homme au monde pour lui pouvoir dumal. […] MARIE : Vous êtes jolie et vous aimez un homme… MAGDELEINE : Jésus est le Maître. Je me suis détachée, pour le suivre, des choses de la terre et de l’amour des hommes… MARIE : Enfant, vous avez mon enfant, mon fils, un homme… […] (MM 174–175) MARIE : … Sachez, Matthieu, que Jésus revient avec moi à Nazareth. MATTHIEU : Le Maître doit demeurer parmi nous. […] …le Dieu promis par les prophètes MARIE : Les prophètes avaient autre chose à faire que de songer à mon petit… Mon fils, un Dieu ! Non, mais !... Un Dieu ne serait pas né d’une femme. Si mon fils avait été un Dieu, je n’aurais pas eu froid, jamais, et il n’y aurait pas eu de nuit… (MM 165) SiMatthieu, en tant quemetteur en scène invente, selon lui, l’histoire de Jésus, force est de constater qu’à la fin de la pièce, dans un dialogue qui apparaît plus mystique sans pour autant exclure la fantaisie, la verve et la bouffonnerie dont Soumagne a habitué ses acolytes (cf. Émond 1983, 225), il est pris au piège de son plan machia- vélique ; de même Marie qui refusait de croire à la sainteté de son fils doit elle aussi, se rendre à l’évidence de la Résurrection… toujours relative car le contexte est celui d’une hallucination générale : MARIE : Le Messie ! Et quand je songe à tout le mal que tu nous as donné... Je crois en toi. Je n’ai plus de craintes. Tu es heureux ! Tu es le Messie…et tu as eu la rougeole et tu étais insupportable… Tu te sauvais… Un jour, ton pauvre père et moi, nous t’avons trouvé parmi les docteurs du Temple…Nous t’avions cher- ché des heures… Je te donne ton bonheur. Je réprime mes craintes. Le Messie ! Mon fils, mon enfant… Bon petit gosse. (MM 185). MATTHIEU : … Je m’accuse… Je m’accuse… Aucun péché plus grand que le mien ne devra plus être pardonné, dans les siècles des siècles… J’ai été d’un or- gueil fol et cruel. Écoutez tous… Je croyais conduire l’aventure. Je me pensais le régisseur d’une comédie tragique, utile à l’humanité. Je me figurais que j’in- ventais un Dieu […] j’ai travaillé les Écritures pour coordonner des psaumes et des gestes. Je jouais ce rôle insensé. Je voulais être le Maître. Je voulais être le Maître d’un Dieu, de sa doctrine et de son histoire. […] La foi m’est venue, saine, bienfaisante, soudaine… Je ne pense plus. Je suis un homme parmi les hom- mes… Jésus est le roi. […] Il devait sourire de ma démence. Jésus est vraiment un Dieu… (MM 247–248) Il me semble que, même s’il s’agit d’une Résurrection fictive, elle peut revêtir une fonction de catharsis et d’un possible « rachat » de la finitude de la condition hu-
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