AGAPES FRANCOPHONES 2016

Claudia BIANCO Humain ou trop humain ? L’Évangile revisité d’Henry Soumagne 83 MARIE : « Notre Père… » Notre Père ?... JÉSUS : « qui êtes aux cieux »… MARIE : « qui êtes aux cieux ». JÉSUS : « Que votre nom soit sanctifié »… MARIE : « Que votre nom soit… soit »… Comment ? JÉSUS : Tu ymets de lamauvaise volonté, maman. […] Répète : «Que votre nom soit sanctifié…» MARIE :… « Sanctifié ». Tu m’ennuies. À mon âge, on n’a plus la mémoire qu’il faut pour apprendre des phrases compliquées…Qu’avons-nous besoin de prière nouvelle ? Ne te souviens-tu plus de celle que tu récitais, petit, sur mes genoux? […] (MM 162–163) Même si on est en présence de l’un des «moments d’un dramatisme intense et d’une émotion profonde » (Poupeye, 1932), il semblerait que le burlesque et le dérisoire dominent l’interlocution ; en tout cas, on reste dans un espace qui se situe entre ré- alité et utopie (cf. Gasparro 1992, 57). On sent plus proche de nous ce Jésus qui dé- sire avoir de « menues nouvelles » de chez lui, puisqu’il nous fait sourire. Et cette mère qui craint pour son fils est tendrement ridicule quand celui-ci essaie, à grand peine, de lui apprendre à prier. Quelle est donc la « fonction » de Jésus, sa tâche ? Est-il vraiment le Messie ? Connaît-il sa mission, se sent-il l’Incarné ? Peut-il vraiment l’être ? Il joue un rôle, il doit l’assumer car le sceptique Matthieu l’a décidé. Il fait le bienmalgré lui, de ma- nière presque automatique. Finalement, il met en scène sa propre passion, et, partant, il nous fait assister de manière métaphorique et méta théâtrale, à la vertigineuse Parabole de laMort et de la Résurrection du Christ : JÉSUS : Curieuse chose. J’aurais pu faire un méchant homme et voilà que je ne suis pas responsable de mes bonnes actions… […] JÉSUS : … Des mots me sont venus. Je me suis étonné de leur puissance. […] JÉSUS : … Jean Pierre, Judas […] Ils démesuraient mon œuvre de seule charité. Ils lui ont donné une portée qu’elle n’avait pas. […] Ils m’ont fait le lourd présent de ma religion […] JÉSUS : … Prophète ! Prophète ! Prophète ! Prophète ! Rumeur bourdonnante. J’en étais à ne plus comprendre les syllabes du mot, mais l’idée s’emparait de moi, contre ma volonté. […] J’ai eu la faiblesse et la joie de l’admettre… j’étais un prophète… […] ma puissance est énorme […] je me demande ce que je suis et qui je suis… (MM 155–157) Ce Christ, toujours à la recherche de son identité, émeut et étonne en même temps et si parfois son attitude étrangement naïve nous invite à sourire, elle amène aussi à réfléchir, de manière plus profonde, aux valeurs défendues par l’Évangile. Cet homme qui doute et qui tâtonne, qui marche en trébuchant à la recherche de son identité, c’est vraiment l’Homme qui partage le sort de tout un chacun. Voilà donc l’avantage de procéder « par renversements des données, des faits acquis » (Poupeye, 1932). Or toute la pièce qui fait du dialogue burlesque la manière « technique » de com- muniquer une tension dramatique et tragique qui reste profondément humaine, pro- cède à non avis, d’unmouvement qui va de la terre jusqu’au ciel. Si dans l’interaction entre Jésus etMadameMarie on reste sur un discours qui pendplutôt vers l’humain,

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