AGAPES FRANCOPHONES 2016
Agapes Francophones 2016 82 MATTHIEU : Vous étiez fiancée à Joseph. Un ange est entré… MARIE : Un ange? MATTHIEU:Maisoui. Souvenez-vousbien…Unangeest entrédansvotredemeure… JEAN : Souvenez-vous… MARIE : Je n’ai pas vu d’ange. Je ne connais pas d’ange… PIERRE : Vous l’avez vu. Il est entré… MARIE : Je n’ai pas vu d’ange… JEAN : L’ange est entré… MARIE : L’ange… MATTHIEU : Il vous a dit: «Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes»… MARIE : Quelqu’un m’a saluée ainsi… Quelqu’un ?... […] MATTHIEU : … L’ange vous parlait… c’était un ange… MARIE : L’ange… l’ange… Vous allez me rendre folle ! […] MATTHIEU : L’ange disait : « […] Voilà que vous concevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus»… MARIE : Mais le nom a été choisi par… MATTHIEU : […] l’ange a ajouté : « Votre fils sera grand »… […] Il régnera éter- nellement sur la maison de Jacob et son règne sera sans fin. L’être saint qui naî- tra de vous sera appelé le fils de Dieu »… MARIE : Un ange est venu qui m’a dit cela ? (MM 181- 183) Le « niveau de langue » utilisé par Marie, contribue à replacer le Verbe ainsi que l’intrigue à un niveau très humain qui, par son caractère choquant, nous restitue toute l’inquiétude d’une mère qui craint pour le sort de son fils. Après la lecture de ce dialogue surnaturel, je crois qu’on peut dire avec François Gerver « [qu’]une ima- gination dramatique extraordinaire, un lyrisme comique tout spécial, un dialogue curieux et original, une recherche constante d’effets scéniques nouveaux, ce sont là, peut-être, les principales caractéristiques de l’art de Soumagne » (1927). Pour avoir une idée plus précise de la manière dont l’humain l’importe sur le di- vin, je vais prendre en exemples des portions de dialogues entre la mère et le fils qui illustrent le mieux le lyrisme émouvant de la situation, tout en faisant ressortir un discours grotesque : MARIE : Mon petit, on m’avait dit tant de choses de toi, tant de choses extraor- dinaires. Je m’imaginais, vois-tu, que je n’allais plus te retrouver. Je pensais que tu ne devais plus rire, jamais, ni sourire… Serre-moi contre ta poitrine… Fort… fort… J’avais peur de ne plus retrouver un homme petit… […] JÉSUS : … Je vis ici dans de l’enthousiasme fatigant. Raconte des histoires… Et notre vieillemaison et la chambre où nous vivons et l’atelier où je travaillais avec père?... La grosse Sarah a- t-elle épousé le boucher? Bavarde, maman, bavarde… […] MARIE : On dit que tu prêches une religion. JÉSUS : – Religion ! Je jette des mots épars. Deux heures en font une phrase, trois jours, une parabole ; dix lieues, un commandement. […] MARIE : On dit que tu accomplis des miracles… JÉSUS : Je rencontre des malades, souvent imaginaires. Ils guérissent d’unmot ou d’un geste. Alors se raconte, miraculeusement à la vérité, la scène très simple qui fut vécue… (MM 161) JÉSUS :… Écoute et répète… « Père nôtre qui êtes aux cieux »…
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