AGAPES FRANCOPHONES 2017

Une résistance silencieuse Orlane GLISES DE LA RIVIERE Université de Strasbourg, France Résumé. Il s’agit d’analyser le silence qui s’oppose systématiquement au régime autoritaire au sein de la littérature. En effet, le face à face juge/accusé est devenu un topos littéraire autant dans des dystopies telles que 1984 de George Orwell que dans des récits dénonçant le stalinisme avec Le Zéro et l’infini d’Arthur Koestler. L’absence de réponse peut être vectrice de plusieurs sens : tantôt une résistance et tantôt un abandon, un échec. Quelle est la valeur et la place du silence dans un système totalitaire ? Dans un premier temps l’analyse portera sur la perte du langage. En effet, face au monologue du Grand Inquisiteur, la seule réponse possible se situe en dehors des mots. Dans un deuxième temps, il sera question du silence comme une résistance face à l’oppression. Celui-ci reflète le propre vide du discours du Grand Inquisiteur, confronté à une absurdité qu’il ne parvient pas à nommer. Abstract. This article will analyse silence which systematically opposes totalitarian regimes in literature. The one-on-one encounters between the judge and the accused have become a literary leitmotiv in books such as George Orwell’s dystopian novel 1984 or Arthur Koestler’s Darkness at Noon , which denounces Stalinism. The absence of an answer can signify several different meanings: silence can sometimes be synonym of resistance, while at other times it can represent failure or giving up. What is the place and the value of silence in a totalitarian regime? First, we will analyse the loss of language, such as when, being faced to the monologue of the Great inquisitor, the only possible answer is found outside of speech, like a form of surrender. Then, we will see how silence is used as a weapon against oppression, such as when it reflects the emptiness and absence of meaningfulness in the Great inquisitor’s monologue, forcing the Judge to confront the emptiness of his own words in the absence of discourse. Mots-clés : absurdité, résistance, dystopie, stalinisme, Dieu Keywords: absurd, resistance, dystopia, stalinism, God Il s’agira dans cette intervention de parler de la place du silence dans des œuvres dénonçant le totalitarisme. Qu’il s’agisse d’une parole écrasée par le dogme comme dans 1984 de George Orwell, ou d’un silence volontaire qui manifeste la résistance comme dans le face à face entre Ivanof et Roubachof dans Le Zéro et l’infini , il n’est jamais anodin et pas toujours entendu. En effet, le silence est à la fois ce qui précède et succède à la parole : partout et nulle part, il s’agit peut-être d’une autre forme de langage qui se situe au-delà des mots, comme le sous-entend Dostoïevski qui oppose le discours du Grand Inquisiteur à un Christ muet. Mais il existe encore un autre type de silence qui résulte de l’absence même de mots pour l’exprimer. C’est ce que dénonce Orwell à travers la novlangue mais également Boualem Sansal dans un roman qui prolonge cette première idée, 2084 . L’homme se confronte à l’absurde puisqu’il n’a plus de mots pour donner sens. Quels sont les différents rôles que peuvent jouer le silence au sein d’œuvres contre-utopiques et que montre-t-il de la société dont il est issu ? Le silence sera en premier lieu analysé comme une perte du langage, une absence que les mots ne parviennent pas à combler. Pourtant, il s’agira de voir qu’il est également la seule possibilité de résistance face à un discours totalitaire qui ne

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