AGAPES FRANCOPHONES 2017

Comment dire le silence ? : Le silence paradoxal dans l’œuvre de Novarina Inhye HONG Université Paris-Sorbonne (Paris IV), France Résumé. La parole et le silence ne font qu’un dans le théâtre de Valère Novarina qui écrit que « le silence le plus profond est une parole ». C’est d’abord parce que, par son principe du languisme , Novarina donne la parole à la quatrième personne du singulier, à la parole pure. Par conséquent, privé du statut du sujet grammatical, l’homme se tait pendant que la parole parle toute seule jusqu’à déborder entièrement la scène. D’un autre côté, Novarina nourrit sa litanie interminable du silence offert par des spectateurs. Ce flux de la parole devient la musique en en finissant avec les significations, et apporte aux spectateurs la joie jubilatoire, c’est-à-dire la joie sans parole. En conséquence, sur la scène novarinienne, l’abondance de la parole s’inverse en silence profond des hommes parlants, en nous procurant ainsi la légitimité de discuter sur le silence paradoxal dans l’œuvre de Novarina. Abstract. As Valère Novarina proclaims, in his theatre, the word becomes the profoundest silence. First of all, it comes from the fact that Novarina assigns the 4 th person singular to the word, which is the pure word. Consequently, deprived of his own status as a grammatical subject, a person keeps silence while the word speaks alone and entirely overflows the stage. On the other hand, Novarina removes the speech from spectators by his endless litany. The flow of words turns into music, ending with the significations, and provides a great delight, a speechless joy to the spectators. As a result, on the stage of Novarina, the abundance of words gets reversed into the profound silence of speaking-human-being and, by that, allows us to discuss the paradoxical silence in Novarina’s work. Mots-clés : Valère Novarina, silence paradoxal, silence parlé, silence appelé, dire le silence Keywords: Valère Novarina, paradoxal silence, pronounced silence, convoked silence, to say the silence Si les mots nous mènent près du langage muet et meurent, ça ne veut pas dire du tout qu’il y ait échec de la parole, impuissance des mots, pas du tout : les mots simplement nous mènent au mystère et meurent, naturellement brûlés par notre souffle, dans la même combustion que nous et en passant avec nous. Ils meurent de nous dire ce dont on ne peut parler. Eux seuls le disent, non le silence sans voix. Le silence le plus profond est une parole, de même que l’immobilité vraie est le mouvement. (Novarina 2010, 29-30) Après avoir traversé la coulisse de notre perception du monde, Wittgenstein conclut son Tractatus par une phrase affirmative, un aphorisme qui creuse une grotte insondable dans le langage humain : « Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. » (Wittgenstein 2009, 112) Valère Novarina, écrivain et penseur du théâtre, construit l’ensemble de sa dramaturgie à partir de la fameuse formule du philosophe autrichien désormais renversée : « Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire ». (Novarina 2010, 29) Mais comment « dire ce dont on ne peut parler » ? On peut d’abord parler d’un sujet ineffable, en détournant le discours direct, ou d’un sujet interdit, en brisant le tabou. Mais c’est aussi dire le silence – et non parler du silence. Dans le théâtre de Valère

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