AGAPES FRANCOPHONES 2017
Fernando Pessoa. Une voix au-delà des silences Fiona HOSTI Université de Strasbourg, France Résumé . Fernando Pessoa fait retentir sa voix dans le silence de la figure auctoriale et dans la clameur de ses nombreux hétéronymes. De fait, le poète se plie à l’écriture objectiviste lorsqu’il veut entretenir son caractère d’insaisissable et se préserver de tout dévoilement. A contrario, Pessoa s’adonne à l’écriture subjectiviste, celle de l’exubérance et l’excès des mots, sous le masque de l’hétéronyme. Dans ce système d’évocation et d’entrecroisement poétiques, nous interrogerons le silence volontaire lié à la figure auctoriale pessoenne qui dans le registre hétéronymique n’est pas en mesure de s’exprimer. Aussi, nous verrons de quelle façon le silence involontaire, pourtant si prolixe, de l’hétéronyme souligne son impuissance dans sa tentative de dire l’indicible : celle de l’évocation directe de sa réalité ontologique. Abstract . Fernando Pessoa resound his voice in the silence of his authorial figure and in the mayhem of his profuse heteronyms. Indeed, the poet’s writing yield to an objective writing style by preserving from any uncovering and maintaining the impalpable. Conversely, while devoting to a subjective writing style, Pessoa use an excessive and an abundance of words under the heteronym’s mask. This system of poetical evocation and interlacing get us to come with terms of a voluntary silence bind to an ineffable authorial figure in Pessoa’s heteronyms register. In addition, the heteronym’s involuntary silence – yet so loquacious – highlighted the inability of saying the unsayable, which refers to the impossibility of his ontological effectivity. Mots-clés: Pessoa, auctorial, hétéronyme, voix, indicible Keywords : Pessoa, authorial, heteronym, voice, unsayable Une immense malle, retrouvée après la mort de Fernando Pessoa, contenait l’ensemble de son œuvre éparpillée par fragments. Antonio Tabucchi la désignera comme une « malle pleine de gens » où se côtoyaient différents noms aux graphies variées, aux divers genres littéraires et aux philosophies multiples. L’entreprise poétique pessoenne nous semble déjà toute entière rassemblée dans cette malle chargée de textes amoncelés : celle de réunir dans un débordement plurivoque et polysémique une poétique plurielle qui se réclame d’une quête de l’intime insondable . Pessoa résonne par l’écho de ses « relations inexistantes 1 » (Blanco 2003, 329). Tous issus de la plume de l’auteur, les hétéronymes révèlent des particularités esthétiques singulières à leur entité propre tant dans leur perception du monde que dans leur sensibilité artistique. De fait, l’hétéronyme est ontologiquement un pur produit littéraire, mais il défend son existence dans l’inexistence d’une réalité tangible, car il existe dans la réalité de l’imaginaire effectif de son lecteur. Pessoa nous livre une cathédrale littéraire où les fondations de son entreprise poétique s’établissent dans l’écriture de l’altérité . 1 En référence à une lettre de Fernando Pessoa où il y fait mention de sa « tendance à créer autour de moi un autre monde, analogue à celui-ci mais avec d’autres gens, n’est jamais sortie de mon imagination ». Voir José Blanco, Pessoa en personne : lettres et documents , Paris, éd. La Différence, p.329, 2003.
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