AGAPES FRANCOPHONES 2017

Ramona MALITA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _____________________________________________________________ 154 assez rare d’ailleurs, à la campagne), etc. ;les rapports des similitudes et des différences peuvent continuer, mais l’arrondissement de Montmartre reste dans les deux textes en tant que repère spatial chargé affectivement. L’intertextualité sert ici à dessiner et caractériser le paradis du couple ‘primordial’ où Lui et Elle (quels que soient leurs noms) ont connu la félicité, à jamais perdue, car le destin leur a réservé d’autres chemins à suivre. Le témoin « inanimé » de ce passage et de ce jeu imaginaire reste le cahier noir : Jean pense à son passé et il y marque tout. 4. Conclusions Jean compare en silence l’« alors » et le « maintenant », et le sujet de cette comparaison s’avère fascinant, car il s’agit d’une expérience cruciale de son devenir psychologique. Ce parcours sert à saisir par l’esprit plusieurs épisodes de sa jeunesse amoureuse les confronter, c’est-à-dire, les poser mentalement face-à- face, en regard l’un de l’autre, en vue d’épingler ce qu’ils ont de semblable et de différent. Pour ce faire, il faut l’existence d’un déclencheur de la comparabilité : le présent moche et pesant qui pourrait être mis entre parenthèses par le souvenir du passé récupéré. Une radiographie ponctuelle de notre étude s’impose à la fin, que nous organisons en quatre paliers. Primo . But : Conçu en tant que « bouteille à la mer », le roman se veut une pratique contre l’oubli : remémorer à tout prix une expérience psychologique qui a marqué la vie du narrateur. Jean croit que Dannie existe encore, qu’elle est « cachée » quelque part dans les quartiers parisiens, qu’il est possible qu’elle lise le roman et que les rues de leurs promenades soient retrouvées avec le même plaisir d’autrefois. C’est un exercice (un jeu) individuel servant au narrateur à s’échapper au quotidien écrasant où le temps presse (toujours). Jouer au jeu de cache-cache dans L’herbe des nuits ? Secundo. Construction : roman simili-policier, écrit en manière apparemment romantique dont les thèmes principaux sont l’amour et le temps placé (pourquoi pas ?) sous la maxime d’Ovide : Tempus edaxrerum 13 . Tertio . Chronotope : chronotopie simili-romantique tripartite (trois types de temps et trois types d’espace) qui détaille des expériences affectives fondamentales du protagoniste, insistant sur l’autoscopie. Le discours romanesque est modalisé par le chronotope : l’auteur, plus ou moins caché dans son texte (Jean-Patrick), devient « le metteur en scène » de la diégèse. Les brèches temporelles servent à reconstituer, à présent, le passé silencieux. Quarto . Leitmotiv : silence tripartite (trois types de silence : silentium magnum, praeteritum et hodiernum ). Les leges silentes (lois impuissantes) dominent le passage inexorable du temps. La voix basse, c’est-à-dire intérieure, pourrait être associée au « mi-silence » ? Le texte romanesque en son entier suggère que oui. 13 Le Temps, dévorateur des choses.

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