AGAPES FRANCOPHONES 2017
La littérature féminine issue de l’immigration maghrébine entre silence et violence verbale. Le cas du roman Beur’s story de Ferrudja Kessas Ioana MARCU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie Résumé . Littérature des « marges » et à la fois littérature « en marge » du corpus littéraire français circulant, la littérature des « intrangers » naît de l’aphasie et de l’obscurité auxquelles on avait condamné la première génération d’immigrés. Deux problématiques se dégagent (très) souvent de cet ensemble littéraire ‒ le silence et la violence verbale . Voulu, imposé ou involontaire, le silence détruit les liens inter- personnels (ou inter-familiaux) condamnant celui qui s’en empare à vivre dans son propre univers. Quant à la violence verbale, elle participe à l’annulation de l’échange entre les personnages, marquant une rupture parfois irréversible entre eux. Dans notre contribution, nous étudierons comment ces deux manifestations de la fracture langagière se manifestent dans Beur’s story (1990) de Ferrudja Kessas. Abstract. Literature of "margins" and, at the same time, literature "in the margin" of the circulating French literary corpus, the literature resulting from the Maghrebian immigration is born of the silence and the darkness to which the first generation of immigrants was condemned. Two problems emerge (very) often from this literary corpus – silence and verbal violence. Wanted, imposed or involuntary, silence destroys inter- personal (or inter-familial) bonds condemning those who take them to live in their own universe. As for the verbal violence, it contributes to this cancellation of the exchange between the characters, marking a break often irreversible between them. In our contribution, we will study how these two manifestations of the linguistic gap are manifested in Ferrudja Kessas' Beur's story (1990). Mots-clés : silence, violence verbale, communication verbale, intrangers, écriture féminine Keywords: silence, verbal abuse, verbal communication, intrangers, feminine writing Introduction Pour Paul Ricœur (1972, 104), un texte n’est pas seulement une « chose écrite » ; il est une « œuvre, c’est-à-dire une totalité singulière ; en tant que totalité, l’œuvre littéraire ne se réduit pas à une séquence de phrases intelligibles chacune pour elle-même ; c’est une architecture de thèmes et de propos qui peut être construite de plusieurs manières ». En nous rapportant au corpus littéraire produit par les « intrangères », ces jeunes femmes issues de l’immigration maghrébine, nous relevons la présence constante de plusieurs thématiques : le statut de la jeune fille dans la famille (traditionnelle, obéissant à des lois obsolètes) et dans la société (moderne et souvent perturbatrice), les différentes fractures creusées au sein des familles (frères/sœurs ; enfants/parents ; mère/père, etc.) et de la société (« nous »/« les autres »), l’aliénation de l’espace, la transgression de l’ordre établi, le racisme, l’agressivité, l’amour et, ce que nous avons retenu pour cette contribution, le silence et la violence verbale . Ces deux versants pervers, décalés, parfois effrayants, et terribles, d’une même aventure – la communication verbale – se manifestent non seulement sur le plan intra textuel , en tant que leitmotivs et fils rouge des productions romanesques des écrivaines « intrangères », mais également sur le plan extra textuel (destin d’un corpus littéraire, condition des auteures, etc.), ce qui peut interloquer un lecteur méconnaissant le paysage littéraire français contemporain et les débats
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