AGAPES FRANCOPHONES 2017

Les formes linguistiques du silence entre implicite et ineffable Marie-Christine LALA Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 Laboratoire Clesthia-EA 7345 Langage Systèmes Discours Résumé. Dans les sciences du langage, outre des études de faits de langue relevant notamment de l’ellipse, plusieurs travaux se consacrent à l’implicite en se référant aux analyses de discours, mais l’approche linguistique du silence reste un domaine encore peu exploré. On examine ici la question du silence à partir de l’observation des formes linguistiques du silence telles qu’elles se marquent en langue et en discours. En se plaçant du point de vue des spécificités langagières du non-dit et de l’indicible, entre dire et ne pas dire, on pourra distinguer ainsi les traits caractéristiques de l’implicite et de l’ineffable. Abstract. This paper shows that silence in language is a field that comprises different kinds of phenomena and that is seriously studied in linguistics (for instance in the case of ellipsis) or in Discourse Analysis with implicitness. However it is a field very difficult to explore in linguistics because of the invisibility of silence. The author reflects on the special forms of silence from a linguistic point of view in order to describe some procedures of silence in writing and to identifie features of silence between implicit meaning and ineffable words. Mots-clés : énonciation, marques linguistiques du silence, implicite, ineffable, analyse du discours Keywords: enunciation, linguistic forms of silence, implicit meaning, ineffable words, discourse analysis 1. Préalables Du fait que plusieurs disciplines traitent de la question du silence, les aspects du silence appellent à l’évidence une perspective interdisciplinaire. La question se recentre dans le champ des sciences du langage si l’on s’interroge sur les spécificités linguistiques des « formes du silence », mais il devient alors difficile de cerner le(s) silence(s) puisque c’est un objet d’étude qui échappe par définition. Antérieurement, la tradition rhétorique elle-même a pu largement contribuer à décrire et analyser des formes et des figures du silence. Et du point de vue strictement linguistique l’on a étudié des formes de langue marquées par le silence – comme par exemple certains cas d’omission du sujet grammatical ou d’ellipses. D’autre part, les développements récents des analyses de discours ont permis également de rendre compte de certains phénomènes langagiers où le silence se manifeste comme implicite dans les interactions et les actes de langage. Il n’en reste pas moins que le silence est une aporie pour le linguiste en ce sens qu’il est porteur de paradoxe. Car, si le rapport du silence au langage montre la constitution essentielle du langage , selon la formule célèbre de Wittgenstein, le langage semble bien échapper à l’homme quand les mots viennent à manquer ; quand la langue se creuse, s’érode ; quand le discours s’interrompt ou défaille. Mon propos va consister dans l’observation et l’analyse de manifestations formelles du silence à la fois dans l’ordre de la langue et dans l’ordre du discours, afin de rendre compte du fait que ces phénomènes langagiers par où le langage échappe à l’homme n’en sont pas moins objectivables sur le

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