AGAPES FRANCOPHONES 2017

Marie-Christine LALA Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, France _____________________________________________________________ 20 plan scientifique de l’analyse des langues et du langage. En cherchant à expliciter les aspects linguistiques du silence, nous adoptons un point de vue délibérément linguistique car nous prenons l’expression « formes du silence » dans le sens de la matérialité des formes de langue telles qu’elles se manifestent en discours. Il s’agit d’une approche théorique et méthodologique du silence qui nous permettra d’en situer les enjeux pour articuler, dans le cadre d’une sémantique discursive, la question de l’interprétation de ce qu’il advient du sens quand le discours se rompt et que le langage échappe. Dans ces conditions, il nous revient de questionner la notion de formes du silence, non pas en tant que question générale englobant toutes les manières ou tous les aspects par où le silence se manifeste, mais en tant que forme grammaticale et discursive, ou encore figure du discours. Non seulement le silence est à la fois évanescent et scriptible (visible), mais il est audible, du fait que cette ambivalence le place à la croisée de la relation entre l’oral et l’écrit, et donc il revêt un statut particulier dans les systèmes de représentation. Dans le domaine des sciences du langage, ce qui est sollicité à partir de la linguistique et des analyses du discours, ce sont les rapports entre le langage, la pensée et la perception, dans leur dimension ontologique et cognitive. La dimension multimodale du silence engage en effet à prendre en compte le cadre théorique d’une pluri-sémiotique où les analyses du silence pourront converger pour tenter de rendre compte de la « profondeur » du silence. Mon approche linguistique du silence ouvre dans ses conclusions sur cet horizon pluridisciplinaire qui appelle avant tout la rencontre de linguistes et de littéraires. 2. Quel cadre théorique pour l’analyse linguistique du silence ? Dans la nécessité de clarifier et de tenter d’identifier les différents postes d’observation et d’analyse du silence, nous voyons que la difficulté à affronter, dans l’approche linguistique du silence, est avant tout méthodologique. Pour le domaine littéraire, les approches thématiques ont permis de mettre au jour le très riche apport des écritures contemporaines, et en même temps que l’analyse de contenu explore ses limites, l’analyse stylistique en appelle à l’analyse linguistique pour démêler les fils où s’entrecroisent langue, sujet, discours et société. Il importe ainsi de situer les formes du silence dans l’arrière-plan mémoriel du discours en se référant aux grandes familles d’énoncés que sont les formations discursives (Foucault 1969, 52-53) qui ont permis d’introduire et situer la question du sujet dans les sciences humaines. Pour rendre compte du statut de la subjectivité dans le langage, nous mobiliserons le champ de la linguistique de l’énonciation qui n’a cessé de se développer à partir de l’expérience humaine du langage (Benveniste 1974, 67-78) où la question de la temporalité est à la base de l’élaboration des concepts opératoires de l’énonciation devenus incontournables dans les sciences du langage depuis environ quatre décennies. Dans son ouvrage intitulé Les formes du silence. Dans le mouvement du sens , Orlandi (1996, 23) propose un cadre de réflexion que nous adoptons car il permet une première série de distinctions : […] nous distinguons entre le silence fondateur , celui qui existe dans les mots, qui signifie le non-dit et qui donne un espace au recul signifiant, produisant les conditions pour signifier, et la politique du silence qui se

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