AGAPES FRANCOPHONES 2017

Andreea-Maria PREDA Académie Technique Militaire de Bucarest, Roumanie _____________________________________________________________ 214 contribuent à donner l’impression aux prisonniers d’avoir été rejetés par la société libre et enterrés encore vivants. À cela s’ajoute la défense de regarder par la fenêtre qui démontre l’inhumanité des tortionnaires. Et pourtant, toutes les fois qu’elle a l’occasion et en fonction de l’emplacement de sa cellule, Lena Constante profite pour ne plus se rappeler sa condition de prisonnière. Les nuages qui flottent dans le ciel l’inspirent à s’imaginer un monde libre et tranquille, en poursuivant leur forme toujours en changement. Il est rare qu’elle ait accès à plus d’un petit morceau de ciel à regarder par une fente ou par une fenêtre pas trop haute. En fait, elle constate deux fois l’excès et l’absurdité de la violence des enquêteurs. Dans une des cellules, Lena peut voir deux acacias dont les feuilles vertes en combinaison avec le bleu du ciel l’apaisent et lui donnent l’espoir de rejoindre, de toucher effectivement les arbres, les fleurs, la nature. Comme elle est myope, elle s’imagine qu’un lutin se cache entre les branches des acacias et qu’il lui rend visite pour badiner quand le silence est parfait. Dès que le gardien la surprend regarder furtivement vers les acacias, la punition est dure. Les arbres sont coupés tout de suite et on fait Lena changer de cellule. La même chose se passe en 1955 quand quelques moineaux – établis dans le coin du toit sous lequel se trouvait la cellule de la narratrice – sont tués après avoir été nourris et soignés furtivement par Lena. On bloque l’entrée des parents au nid et aux petits moineaux, ce qui mène à la mort lente et douloureuse de ceux-ci au désespoir des oiseaux adultes. La fin tragique des moineaux, le 18 mai 1955, consolide l’ambition de survivre de la détenue : « J’ai choisi la résistance. » (ES 232) Le travail manuel est une autre forme silencieuse de lutter contre la dissolution du moi. Vu son penchant esthétique et son métier d’artiste plastique, Lena Constante réussit à créer divers petits objets si nécessaires dans la prison et même des jouets à partir de bouts de papiers, de bois, de paille, de mégots, de chiffons qu’elle ramasse dans la cour ou qu’elle extrait du matelas. Le chiffon avec lequel elle doit nettoyer le plancher, le bout de savon noir avec lequel elle se lave, le balai et les fils qu’elle arrache au matelas constituent les matériaux employés pour faire un peigne, des cartes de jeu, de petite poupées, des disques de trictrac avec lesquels elle joue pour faire passer le temps plus vite. Tour à tour, on lui confisque les objets pour qu’elle reste inactive et s’abandonne à la merci de ses enquêteurs. Alors, elle cherche à dessiner les plans d’une maison de rêve avec des matchs noircis sur les talons des chaussures. S’occuper toujours de quelque chose la maintient saine et sauve, au moins du point de vue psychique. Au renforcement du désir de survivre contribuent aussi les beaux rêves que Lena Constante a souvent dans le pénitencier. La maison et la famille qu’elle revoit fréquemment en sommeil lui permet de gagner l’espoir de les rejoindre à un moment donné. Conclusion Toutes les actions, les expériences et les créations évoquées ci-dessus aident la détenue à remplir les longues journées et nuits passées en prison, autrement si vides. L’enfer du silence et de la solitude est vaincu avec ses propres armes. Le livre de mémoires de Lena Constante est en ce sens extraordinaire, vu qu’il rend compte de la capacité de transformer le silence et la solitude en alliés et en moyens de s’évader dans le meilleur des mondes possibles, le monde de l’imagination.

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