AGAPES FRANCOPHONES 2017
Silence et violence dans le roman "Oh…" de Philippe Djian _____________________________________________________________ 225 silences et de béances affectives. Philippe Djian fait part dans une interview de son intérêt pour l’alliance particulière et contradictoire de la force et de la faiblesse, ainsi que pour les non-dits, les épisodes passés sous silence : « J’aime sa force fragile. On a tous des faiblesses. Même chez ceux qui ont l’air de roc, les failles sont toujours plus proches qu’on ne croit. On n’est jamais loin de basculer. Dans la vie, tout est incertain. Ce qui m’intéresse, ce sont ces choses, ce passé qu’on met tous sous le tapis pour continuer à vivre. » (Kaprièlian 2012) En guise de conclusion Philippe Djian avoue à propos de son roman explorant la possibilité du viol du point de vue féminin : « Et j’aime me lancer de nouveaux défis, voir jusqu’où on peut aller, transgresser. » (Kaprièlian 2012) La teneur transgressive du roman tient dans une large mesure à l’approche prétendument féminine d’un vécu traumatique comme le viol, une épreuve faite dе réification sexuelle, de violence physique doublée d’humiliation et de souffrance psychologique. La protagoniste du roman vit la violence sexuelle en choisissant le silence par le fait de ne pas porter plainte et en concluant sur un ton de misandrie générale mais en minimisant ses blessures physiques et symboliques à l’issue de viol : « J’ai connu pire avec des hommes que j’avais librement choisis. » (O 7) Le viol ainsi que le harcèlement sexuel consécutif n’incitent pas la victime à rechercher de l’aide, mais consolident sa décision de prendre en main sa défense. L’enchaînement d’épisodes accentuant le suspense embraie le dynamisme transgressif du roman par l’alliage érotique de silence et de violence en accord avec un fantasme présumé de passivité sexuelle masochiste de la part de Michèle. Par la thématique abordée dans ce roman Philippe Djian confirme son statut d’auteur de romans transgressifs. Le traitement conjoint de violence et d’érotisme le rattache à la lignée des auteurs de fictions transgressives étudiés par Sabine Van Wesemael qui relève que « Cette combinaison d’aliénation, d’agressivité et d’abjection apparaît très bien dans la façon dont violence et sexualité sont liées. » (2011, 87) Ce roman bâti sur les manifestations du silence et de la violence nous transporte dans la vie d’une femme ambivalente déchirée entre force et fragilité, hystérie et phobie, désir de domination et pulsion de soumission. Une héroïne dont le prénom renvoie phonétiquement à une image acoustique de féminité, car le pronom « elle » résonne dans Michèle même si l’orthographe adopté présente une graphie « èle » à mi-chemin entre « elle » et « il », double et androgyne comme l’identité de cette femme « si forte et si faible ». Bibliographie Textes de référence Djian, Philippe, "Oh…" , Paris, Gallimard, 2012. Ouvrages critiques Genette, Gérard, Nouveau discours du récit , Paris, Seuil, 1983. Jouve, Vincent, L’effet-personnage dans le roman , Paris, PUF, 1992. Kaprièlian, Nelly, « Philippe Djian : "Dans la vie, on n’est jamais loin de basculer" », Les Inrocks , 28/08/2012. [En ligne]. URL : http/ /www.lesinrocks.com/2012/08/28/livres/ : philippe-djian-dans-la-vie-on-nest-jamais-loin-de-basculer-11288558/ (Consulté le 20 janvier 2017). Kristeva, Julia , Pouvoirs de l’horreur , Paris, Seuil, 1980.
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