AGAPES FRANCOPHONES 2017
Antoaneta ROBOVA Université de Sofia « Saint Clément d’Ohrid », Bulgarie _____________________________________________________________ 224 dérive étymologiquement du mot latin patricius (patricien), lui-même dérivé du mot pater (père). Par leur passage à l’acte criminel prémédité et monstrueux ainsi que par leur nature ambivalente, les deux personnages masculins se situent dans le domaine de l’abject 4 , double, immoral et transgressif. Quand elle démasque l’identité de son agresseur lors de la deuxième tentative de viol, Michèle est d’abord sujette à un déni en refusant d’admettre l’identité ambivalente de Patrick. Le conflit psychologique de Michèle, ainsi que l’incapacité à surmonter ses propres pulsions et phobies, sont explicites dans sa réaction identique à celle succédant à l’épisode du viol, elle décide de prendre un bain : « Prévenir la police m’effleure, mais je ne le fais pas. Je préfère prendre un bain. Même à moi je n’ose pas dire la vérité. » (O 181) L’état de crise de Michèle est déclenché par cette situation limite lui révélant la part d’inconnu de son propre psychisme, l’incapacité à résoudre le conflit entre les pulsions libidinales et les interdits intériorisés. Ainsi, Michèle s’aventure dans une liaison où elle donne libre cours à son désir malgré son caractère transgressif en contradiction avec les normes intériorisées. Michèle endosse le rôle de l’amante soumise à une figure masculine dominante malgré les injonctions de sa conscience. Elle se hasarde dans la voie d’une aventure dangereuse qui lui fait découvrir « une autre Michèle ». (O 217) 2.3. Secret et silence mystificateur Le début de la relation clandestine avec Patrick, subordonnée à une répartition rigoureuse des rôles et à un amalgame de silence et de violence, est perçu comme une source de jouissance par Michèle malgré son caractère tabou. Le mutisme dans lequel s’enferme Michèle vise à garder le secret, à ne pas divulguer une liaison à caractère malsain ainsi qu’à faire durer l’excitation d’affronter l’interdit et d’avoir une expérience érotique hors-normes : « J’avais oublié comme avoir un nouvel amant est agréable, comme chaque instant à ses côtés est rempli d’étonnement, de fraîcheur, de dynamite, au moins durant les trois premières semaines, et comme il est agréable de jouer, de se cacher, d’entretenir un secret, de plaisanter. » (O 276) Après la mort de Patrick, Michèle se mure dans un silence mystificateur occultant la véritable raison de l’acte sexuel violent ayant eu lieu dans sa maison. Pour surmonter le sentiment de culpabilité, elle évoque la responsabilité de celui qui l’a violée la première fois et respectivement a été puni pour son crime, mais elle est parfaitement consciente de son rôle de complice et de son immanente ambivalence : « Avec le recul, je ne comprends pas très bien comment j’ai pu accepter de jouer à cet abominable jeu — à moins que le sexe n’explique tout mais je n’en suis pas vraiment sûre. Au fond, je ne pensais pas être une personne si étrange, si compliquée, à la fois si forte et si faible. » (O 295) « Si forte et si faible », une qualification antithétique qui est renforcée par sa réitération quasi obsessionnelle à la fin du roman avec trois occurrences mettant en relief la nature ambiguë de l’héroïne de manière détachée, telle une épiphrase. Comme si on entendait une autre voix que la sienne s’immiscer à la narration pour ajouter une explication, comme si la voix de l’auteur résonne pour percer le mystère de cette femme fictionnelle tissant son existence de 4 Julia Kristeva souligne que l’abjection est « immorale, ténébreuse, louvoyante et louche. » (1980, 12)
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