AGAPES FRANCOPHONES 2017

L’inter-dit ou le bruissement de l’indicible dans l’écriture djebarienne Leila SARI MOHAMMED Université Abou Bakr Belkaid, Algérie Résumé. Surgie du silence de l’ombre interne, l’écriture dans le roman Vaste est la prison d’Assia Djebar (1995), tente sans cesse de le rejoindre, et parvient à en faire sa propre substance. Mais ce silence reste toujours très proche d’un cri étranglé. Que cherche l’écrivain alourdi par l’héritage qui l’encombre ? Peut-être la transparence ou la lumière de la coïncidence entre deux langues, deux mémoires, ou peut-être tout simplement se dire à travers la langue de l’Autre. Dans cet article nous nous proposons d’examiner les questions suivantes : Comment Assia Djebar va-t-elle procéder pour donner une forme au silence ? Quelles stratégies déploie-t-elle afin de révéler ou transcrire une pensée ou une sensation que la parole ne peut exprimer ? À quel niveau une poétique de l’indicible se manifesterait-elle dans ce texte ? L’auteure arrivera-t-elle à créer une version du silence permettant d’accéder à une vérité qui va au-delà des mots ? Abstract. Surrounded by the silence of the inner shadow, Assia Djebar's (1995) novel, "Vast is the Prison", constantly tries to reach it, and manages to make it his own substance. But this silence is always very close to a strangled cry. What does the writer find weighed down by the inheritance that encumbers him? Perhaps the transparency or the light of the coincidence between two languages, two memories, or perhaps simply to express oneself through the language of the other. In this article, we propose to examine the following questions: How will A. Djebar proceed to give a form to silence? What strategies will he use to reveal or transcribe a thought or sensation that speech cannot express? At what level would a poetic of the unspeakable manifest itself in this text? Will the author succeed in creating a version of the silence that gives access to a truth that goes beyond words? Mots clés : le dedans, le silence, le dit/le non-dit, les pensées, les sensations, l’indicible Keywords: the inner, the silence, the said/the unspoken, the thoughts, the sensations, the unspeakable Poétique de l’indicible : Voix et voies du silence Le texte de Vaste est la prison d’Assia Djebar 1 déploie la fiction introspective d’une femme dressant le bilan de sa vie antérieure. L’histoire se présente comme une esquisse fictionnelle d’un parcours remémoratif. En fait, l’originalité énonciative qui se dégage de ce roman, s’apparente davantage à une sereine méditation de soi qui renforce l’effet du silence et d’intimité. Dans ces moments privilégiés, où la narratrice se remémore, elle entend les voix de ceux et celles qui parlent au même temps qu’elle raconte. C’est comme si elle se trouve contrainte de se dire et de dire les autres, les femmes (ses aïeules) qui peuplent sa mémoire et la marquent à jamais. Cette œuvre qui semble, au premier abord, un roman décousu, contient trois histoires apparemment distinctes. Dans la première partie « Silence de l’écriture » , il s’agit d’une histoire d’amour se déroulant durant les années soixante, dans une ville algérienne. Isma, une femme mariée d’une trentaine d’années tombe amoureuse d’un jeune algérien assez renfermé, d’esprit rêveur, 1 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (VP), suivi du numéro de la page.

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