AGAPES FRANCOPHONES 2017

Les formes linguistiques du silence entre implicite et ineffable _____________________________________________________________ 27 parcours isotopiques laissent comprendre cette double structure : en usage, la paille a un sens concret (défaut dans une pièce de métal) et en mention, le rappel du sens métaphorique biblique (voir la paille dans l’œil d’autrui et ne pas voir la poutre dans le sien) insiste sur les défauts de la personne (la vache en puissance). Le fonctionnement de la glose de spécification du sens découle de l’hétérogénéité constitutive du discours en ce qu’elle procède d’un acte d’énonciation (Julia, 26) et véhicule un discours autre. Marque linguistique du retour du signe sur lui-même, elle conjugue les effets du décrochage sémiotique et les emboîtements de dénivelés de l’énonciation. Il en résulte une « altération de la transparence » (Authier-Revuz, 1995, 34) qui accentue le brouillage du sens, mais sur le plan sémantique, l’opacification du sens ne fait que redoubler la pluralité polysémique. Entre opacité du signe, équivoque de la polysémie et ruptures énonciatives, le travail interprétatif de la glose explicite le non-dit tout en découvrant comment opère le silence dans les jeux du langage. 6. Pour conclure Pour appréhender le non-dit dans le langage verbal, l’étude des formes du silence observées dans l’écriture contemporaine ouvre sur une sémantique discursive 3 qui met en perspective, à partir de l’analyse des formes linguistiques, les acquis de la linguistique de l’énonciation dans des énoncés où l’analyse du discours sait voir « des séries lacunaires, et enchevêtrées, des jeux de différences, d’écarts, de substitutions, de transformations ». (Foucault, 52) C’est pourquoi j’envisage le silence dans la complexité des strates langagières qu’il traverse. Entre dire, ne pas dire, vouloir dire et ne pas pouvoir dire, la consistance du silence varie selon les situations d’énonciation et les conditions de l’exercice de la parole. De la linguistique à la poétique, l’indicible pose la question du statut du vide, de l’absence ou du manque. Or la matérialité signifiante du silence se « montre » dans l’ineffable au sens où l’inexprimable existe sans aucune idéalisation de l’impossible. A côté de ce silence fondateur de l’être en silence, on dévide la désintrication possible des différents sens du silence constitutif pour accorder à l’implicite sa place relative dans la dimension globale du non-dit. Bibliographie Authier-Revuz Jacqueline, Ces mots qui ne vont pas de soi, Boucles réflexives et non coïncidences du dire , t. 1 et 2, Paris, Larousse, 1995. Benveniste Emile, Problèmes de linguistique générale , t. 1 et 2, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1966, 1974. Ducrot Oswald, Dire et ne pas dire , Paris, Hermann, 1972. Hadot Pierre, Wittgenstein et les limites du langage , Paris, Vrin, 2005. Julia, Catherine, Fixer le sens ? La sémantique spontanée des gloses de spécification du sens , Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2001. Kerbrat-Orecchioni Catherine, L’Implicite , Paris, Colin, 1986. Lala, Marie-Christine, « À la pointe du style », Autremen t, 1999, n° 185, « Le silence. La force du vide », p. 104-117. 3 J’ai exposé cette approche linguistique du silence dans le cadre de mon séminaire doctoral durant deux années à l’Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3 (ED268, 2014-2016).

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