AGAPES FRANCOPHONES 2017

Marie-Christine LALA Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, France _____________________________________________________________ 26 Exemple (6) une femme […] leva les yeux au ciel et cria / Fabre […] elle qui criait / Fabre / Fabre / encore, j’ai du lait. (§11) […] On gratte, on gratte / et puis / très vite / on respire mal, on sue, il commence à faire terriblement chaud. […] D’un tel compte à rebours / on peut, avant terme, convoquer à son gré le zéro. (§15) La valeur différentielle de ce signe-zéro linguistique « montre » la marque scriptible (visible) et audible du silence entre les mots qui est rendu perceptible à travers les indices suprasegmentaux de l’intonation (Morel & Danon-Boileau, 1998, 11-17) : pause silencieuse, variations de hauteur mélodique, intensité, durée. On retrouve les fonctions de la syntaxe (grammaticales, intonatives et sémantiques) en même temps que des zones de brouillage du sens s’installent autour de démarcations inattendues. Cette accentuation du silence au creux des mots opère des déplacements, dans la perception de l’ordre des mots et vers la dimension discursive, qui excèdent les limites de la phrase pour en extraire la prosodie sous-jacente. Les ressources prosodiques ainsi mobilisées redistribuent et déploient les voix énoncatives selon des scansions inédites qui modulent des découpes imprévisibles. En même temps que la polyphonie et le dialogisme renforcent la trame de l’écriture, on perçoit la saillance des décrochements énonciatifs, avec des effets de rupture et de brouillage des voix, qui se doublent sur le plan sémantique d’une opacification liée aux éclipses du sens. 5.2. Retours sur le mot, jeux du langage et formes du silence La configuration de la glose de spécification du sens présente une forme linguistique propre à faire jouer le silence dans les mots. De la conversation la plus banale à l’écriture littéraire la plus élaborée, la sémantique de la glose introduit le silence dans le cadre de l’étude des hétérogénéités énonciatives et discursives. Exemple (7) Ah ! Je la connais, dit Ski, qui l’avait rencontrée, une fois qu’il se promenait avec Mme Verdurin. — Vous ne la connaissez pas au sens biblique ? dit, en coulant un regard louche sous son lorgon, le docteur, dont c’était une des plaisanteries favorites. (M. Proust, A la recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe , 1922, Pléiade, 887) Exemple (8) Mais les celles qui, comme ça, dans cette gazette se plaignaient, il les trouvait toujours soit trop dindes, soit trop tartes. Perfides ou sournoises. Il flairait la paille dans les poutrelles des lamentations et découvrait la vache en puissance dans la poupée la plus meurtrie. (Raymond Queneau, Zazie dans le métro, 1959, Folio Plus, 12) Cette forme inscrite en langue et en discours manifeste le décrochage sémiotique inhérent à la structure du signe liguistique qui réfère à un objet extra- linguistique et en même temps est l’objet du discours (Julia, 31). Dans l’exemple 7, le mot connaître est considéré en usage du sens commun (pouvoir d’identifier quelqu’un, le compter parmi ses relations) et en mention avec le rappel du sens biblique (avoir des relations intime avec la personne). Dans l’exemple 8, les

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